—Mais oui, je vais au conseil, moi aussi», répondit-elle en riant.

Puis, elle ajouta d'une voix sérieuse, lorsqu'elle eut casé entre les banquettes les volants de sa longue jupe de soie cerise pâle:

«J'ai un rendez-vous avec l'impératrice. Je suis trésorière d'une œuvre pour les jeunes ouvrières, à laquelle elle s'intéresse.» Les deux hommes montèrent à leur tour. Delestang s'assit à côté de sa femme; il avait une serviette d'avocat, en maroquin chamois, qu'il garda sur les genoux.

Rougon, les mains libres, se trouva en face de Clorinde.

Il était près de neuf heures et demie, et le conseil était pour dix heures. Le cocher reçut l'ordre de marcher bon train. Pour couper au plus court, il prit la rue Marbeuf, s'engagea dans le quartier de Chaillot, que la pioche des démolisseurs commençait à éventrer.

C'étaient des rues désertes, bordées de jardins et de constructions en planches, des traverses escarpées qui tournaient sur elles-mêmes, d'étroites places de province plantées d'arbres maigres, tout un coin bâtard de grande ville se chauffant sur un coteau, au soleil matinal, avec des villas et des échoppes à la débandade.

«Est-ce laid, par ici!» dit Clorinde, renversée au fond du landau.

Elle s'était tournée à demi vers son mari, elle l'examina un instant, la face grave; et, comme malgré elle, elle se mit à sourire. Delestang, correctement boutonné dans sa redingote, était assis avec dignité sur son séant, le corps ni trop en avant ni trop en arrière. Sa belle figure pensive, sa calvitie précoce qui lui haussait le front faisaient retourner les passants. La jeune femme remarqua que personne ne regardait Rougon, dont le visage lourd semblait dormir. Alors, maternellement, elle tira un peu la manchette gauche de son mari, trop enfoncée sous le parement.

«Qu'est-ce que vous avez donc fait cette nuit? demanda-t-elle au grand homme, en lui voyant étouffer des bâillements dans ses doigts.

—J'ai travaillé tard, je suis harassé, murmura-t-il.