«Vous voilà presque comme je vous voulais, disait-il.
Vous avez bien raison, les femmes doivent rester tranquilles chez elles.» Et elle criait, avec un rire aigu, quand il n'était plus là:
«Mon Dieu! qu'il est bête!... Et il trouve les femmes bêtes, encore!» Enfin, un dimanche soir, vers dix heures, au moment où toute la bande était réunie dans la chambre de Clorinde, M. de Plouguern entra d'un air triomphant.
«Eh bien, demanda-t-il en affectant une grande indignation, vous connaissez le nouvel exploit de Rougon?... Cette fois, la mesure est comble.» On s'empressa autour de lui. Personne ne savait rien.
«Une abomination! reprit-il, les bras en l'air. On ne comprend pas qu'un ministre descende si bas...» Et il raconta d'un trait l'aventure. Les Charbonnel, en arrivant à Faverolles pour prendre possession de l'héritage du cousin Chevassu, avaient fait grand bruit de la prétendue disparition d'une quantité considérable d'argenterie. Ils accusaient la bonne chargée de la garde de la maison, femme très dévote; à la nouvelle de l'arrêt rendu par le Conseil d'État, cette malheureuse devait s'être entendue avec les sœurs de la Sainte-Famille, et avoir transporté au couvent tous les objets de valeur faciles à cacher. Trois jours après, ils ne parlaient plus de la bonne; c'étaient les sœurs elles-mêmes qui avaient dévalisé leur maison. Cela faisait dans la ville un scandale épouvantable. Mais le commissaire refusait d'opérer une descente au couvent, lorsque, sur une simple lettre des Charbonnel, Rougon avait télégraphié au préfet de donner des ordres pour qu'une visite domiciliaire eût lieu immédiatement.
«Oui, une visite domiciliaire, cela est en toutes lettres dans la dépêche, dit M. de Plouguern en terminant. Alors, on a vu le commissaire et deux gendarmes bouleverser le couvent. Ils y sont restés cinq heures. Les gendarmes ont voulu tout fouiller.... Imaginez-vous qu'ils ont mis le nez jusque dans les paillasses des sœurs...
—Les paillasses des sœurs, oh! c'est indigne! s'écria Mme Bouchard révoltée.
—Il faut manquer tout à fait de religion, déclara le colonel.
—Que voulez-vous, soupira à son tour Mme Correur, Rougon n'a jamais pratiqué... J'ai si souvent tenté en pure perte de le réconcilier avec Dieu!»
M. Bouchard et M. Béjuin hochaient la tête d'un air désespéré, comme s'ils venaient d'apprendre quelque catastrophe sociale qui leur faisait douter de la raison humaine. M. Kahn demanda, en frottant rudement son collier de barbe: