Mme Bouchard, les lèvres pincées, finit par crier:
«Ah! bien, non, vous avez trop de chance! Je ne joue plus.... Tenez, emportez vos affaires.» Elle en avait fait deux gros tas, à côté, sur une table.
M. La Rouquette parut consterné. Il lui demanda d'échanger son tas contre le bouquet de violettes d'uniforme, qu'elle portait piqué dans ses cheveux. Mais elle refusa.
«Non, non, vous avez gagné ça, n'est-ce pas? Eh bien, emportez ça.
—Madame a raison, dit gravement M. d'Escorailles.
On ne boude pas la fortune, et du diable si je laisse un coquetier!... Moi, je deviens chien.» Il avait étalé son mouchoir et nouait proprement un paquet. Il y eut une nouvelle explosion d'hilarité.
L'embarras de M. La Rouquette était aussi bien divertissant. Alors, Mme Correur, qui avait gardé jusque-là, au fond de sa boutique, une dignité souriante de matrone, avança sa grosse face rose. Elle voulait bien faire un échange, elle.
«Non, je ne veux rien, se hâta de dire le jeune député.
Prenez tout, je vous donne tout.» Et Ils ne s'en allèrent pas, ils restèrent là un instant.
Maintenant, à demi-voix, ils adressaient des galanteries à Mme Bouchard, d'un goût douteux. A la voir, les têtes tournaient plus encore que son tourniquet. Que gagnait-on à son joli jeu? Ça ne valait pas le jeu de pigeon vole; et Ils voulaient lui jouer à pigeon vole toutes sortes de choses aimables. Mme Bouchard baissait les cils, avec un rire de jeune bête; elle avait un léger balancement de hanches, comme une paysanne dont les messieurs se gaussent; pendant que Mme Correur s'extasiait sur elle, en répétant d'un air ravi de connaisseuse: