Un huissier arriva, essoufflé.
«Monsieur La Rouquette, on vous demande tout de suite, tout de suite.» Et, comme le jeune député avait un geste d'ennui, l'huissier se pencha à son oreille, lui dit à demi-voix qu'il était envoyé par M. de Marsy lui-même, le président de la Chambre. Il ajouta plus haut:
«Enfin, on a besoin de tout le monde, venez vite.»
M. de Lamberthon s'était précipité vers la salle des séances. M. La Rouquette le suivait, lorsqu'il parut se raviser. L'idée lui poussait de racoler tous les députés flâneurs, pour les envoyer à leurs bancs. Il se jeta d'abord dans la salle des conférences, une belle salle éclairée par un plafond vitré, où se trouvait une cheminée géante en marbre vert, ornée de deux femmes en marbre blanc, nues et couchées. Malgré la douceur de l'après-midi, des troncs d'arbre y brûlaient. Autour de l'immense table, trois députés sommeillaient, les yeux ouverts, en regardant les tableaux des murs et la pendule fameuse qu'on remontait une seule fois par an; un quatrième, occupé à se chauffer les reins, debout devant la cheminée, semblait examiner d'un air attendri, à l'autre extrémité de la pièce, une petite statue d'Henri IV en plâtre, qui se détachait sur un trophée de drapeaux pris à Marengo, à Austerlitz et à Iéna. A l'appel de leur collègue allant de l'un à l'autre, criant:
«Vite, vite, en séance!» ces messieurs, comme réveillés en sursaut, disparurent à la file.
Cependant, emporté par son élan, M. La Rouquette courait à la bibliothèque, quand il eut la précaution de revenir sur ses pas, pour fouiller d'un coup d'œil le couloir aux lavabos. M. de Combelot, les mains plongées au fond d'une grande cuvette, les y frottait doucement, en souriant à leur blancheur. Il ne s'émut pas, il retournait tout de suite à sa place. Et il prit le temps de s'éponger longuement les mains, à l'aide d'une serviette chaude qu'il remit ensuite dans l'étuve, aux portes de cuivre.
Même il alla, à l'extrémité du couloir, devant une haute glace, peigner sa belle barbe noire, avec un petit peigne de poche.
La bibliothèque était vide. Les livres dormaient dans leurs casiers de chêne; toutes nues, les deux grandes tables étalaient la sévérité de leurs tapis verts; aux bras des fauteuils, rangés en bon ordre, les pupitres mécaniques se repliaient, gris d'une légère poussière. Et, au milieu de ce recueillement, dans l'abandon de la galerie où traînait une odeur de papiers, M. La Rouquette dit tout haut, en faisant claquer la porte:
«Il n'y a jamais personne, là-dedans!» Alors, il se lança dans l'enfilade des couloirs et des salles. Il traversa la salle de distribution, dallée en marbre des Pyrénées, où son pas sonnait comme sous une voûte d'église. Un huissier lui ayant appris qu'un député de ses amis, M. de la Villardière, faisait visiter le Palais à un monsieur et à une dame, il s'entêta à le trouver. Il courut à la salle du général Foy, ce vestibule sévère, dont les quatre statues, Mirabeau, le général Foy, Bailly et Casimir Périer, sont l'admiration respectueuse des bourgeois de province. Et ce fut à côté, dans la salle du trône, qu'il aperçut enfin M. de la Villardière, flanqué d'une grosse dame et d'un gros monsieur, des gens de Dijon, tous deux notaires et électeurs influents.
«On vous demande, dit M. La Rouquette. Vite à votre poste, n'est-ce pas?