Il ne quitta pas la cheminée tout de suite. Il demeura par terre, tenant la pelle, sous laquelle il étouffait la flamme, de peur d'incendie. Et il levait sa large face, l'air maussade. M. d'Escorailles ne se déconcerta pas.

Lui et la jeune femme, dès le seuil, avaient cessé de se sourire, pour prendre une figure de circonstance.

«Cher maître, dit-il, je vous amène une de vos amies qui tenait absolument à vous apporter ses regrets.... Nous avons lu le Moniteur ce matin...

—Vous avez lu le Moniteur, vous autres», gronda Rougon qui se décida enfin à se mettre debout.

Mais il aperçut une personne qu'il n'avait pas encore vue. Il murmura, après avoir cligné les yeux:

«Ah! monsieur Bouchard.» C'était le mari, en effet. Il venait d'entrer, derrière les jupes de sa femme, silencieux et digne. M. Bouchard avait soixante ans, la tête toute blanche, l'œil éteint, la face comme usée par ses vingt-cinq années de service administratif. Lui, ne prononça pas une parole. Il prit d'un air pénétré la main de Rougon, qu'il secoua trois fois, de haut en bas, énergiquement.

«Eh bien, dit ce dernier, vous êtes très gentils d'être tous venus me voir; seulement, vous allez diablement me gêner.... Enfin, mettez-vous de ce côté-là... Du Poizat, donnez votre fauteuil à madame.» Il se tournait, lorsqu'il se trouva en face du colonel Jobelin.

«Vous aussi, colonel!» cria-t-il.

La porte était restée ouverte, Merle n'avait pu s'opposer à l'entrée du colonel, qui montait l'escalier derrière les talons des Bouchard. Il tenait son fils par la main, un grand galopin de quinze ans, alors élève de troisième au lycée Louis-le-Grand.

«J'ai voulu vous amener Auguste, dit-il. C'est dans le malheur que se révèlent les vrais amis.... Auguste, donne une poignée de main.» Mais Rougon s'élançait vers l'anti-chambre, en criant: