«Si vous voyez Gilquin, dites-lui donc d'être raisonnable. Est-ce qu'il ne s'est pas avisé, l'autre semaine, après s'être fait mettre au poste, de donner mon nom pour que j'aille le réclamer!» Mme Correur promit de parler à Gilquin, un de ses anciens locataires, du temps où Rougon logeait à l'hôtel Vaneau, garçon précieux à l'occasion, mais d'un débraillé très compromettant.

«J'ai un fiacre en bas, je me sauve», dit-elle avec un sourire, tout haut, en gagnant le milieu du cabinet.

Et elle resta pourtant quelques minutes encore, désireuse de voir la bande s'en aller en même temps qu'elle.

Pour décider le mouvement de retraite, elle offrit même de prendre quelqu'un avec elle, dans son fiacre. Ce fut le colonel qui accepta, et il fut convenu que le petit Auguste monterait à côté du cocher. Alors, commença une grande distribution de poignées de main. Rougon s'était mis près de la porte, ouverte toute grande. En passant devant lui, chacun avait une dernière phrase de condoléance. M. Kahn, Du Poizat et le colonel allongèrent le cou, lui lâchèrent tout bas un mot dans l'oreille, pour qu'il ne les oubliât pas. Les Charbonnel étaient déjà sur la première marche de l'escalier, et Mme Correur causait avec Merle, au fond de l'anti-chambre, pendant que Mme Bouchard, attendue à quelques pas par son mari et par M. d'Escorailles, s'attardait encore devant Rougon, très gracieuse, très douce, lui demandant à quelle heure elle pourrait le voir, rue Marbeuf, tout seul, parce qu'elle était trop bête quand il y avait du monde. Mais le colonel, en l'entendant demander cela, revint brusquement; les autres le suivirent, il y eut une rentrée générale.

«Nous irons tous vous voir, criait le colonel.

—Il ne faut pas que vous vous enterriez», disaient plusieurs voix.

M. Kahn réclama du geste le silence. Puis, il lança la fameuse phrase:

«Vous ne vous appartenez pas, vous appartenez à vos amis et à la France.» Et ils partirent enfin. Rougon put refermer la porte. Il eut un gros soupir de soulagement. Delestang, qu'il avait oublié, sortit alors de derrière le tas de cartons, à l'abri duquel il venait d'achever le classement des papiers, en ami consciencieux. Il était un peu fier de sa besogne. Lui, agissait, pendant que les autres parlaient.

Aussi reçut-il avec une véritable jouissance les remerciements très vifs du grand homme. Il n'y avait que lui pour rendre service; il possédait un esprit d'ordre, une méthode de travail qui le mèneraient loin; et Rougon trouva encore plusieurs autres choses flatteuses, sans qu'on pût savoir s'il ne se moquait pas. Puis, se tournant, jetant un coup d'œil dans tous les coins:

«Mais voilà qui est fini, je crois, grâce à vous.... Il n'y a plus qu'à donner l'ordre à Merle de me faire porter ces paquets-là chez moi.» Il appela l'huissier, lui indiqua ses papiers personnels. A toutes les recommandations, l'huissier répondait: