—Un digne homme, votant bien, ne parlant jamais, très patient, attendant qu'on songe à lui, toujours là à vous regarder pour qu'on ne l'oublie pas.... Je l'ai fait nommer chevalier...» Elle dut lui mettre la main sur la bouche, se fâchant, disant:
«Eh! il est marié, aussi, celui-là! il n'est pas drôle!...
J'ai vu sa femme chez vous, un paquet! Elle m'a invitée à aller visiter leur cristallerie, à Bourges.» D'une bouchée, elle acheva sa première tartine. Puis, elle but une grande gorgée d'eau. Ses jambes pendaient, au bord de la table; et, un peu tassée sur les reins, le cou plié en arrière, elle les balançait, d'un mouvement machinal dont Rougon suivait le rythme. A chaque va-et-vient, les mollets se renflaient, sous la gaze.
«Et M. Du Poizat? demanda-t-elle, après un silence.
—Du Poizat a été sous-préfet», répondit-il simplement.
Elle le regarda, surprise de la brièveté de l'histoire.
«Je le sais bien, dit-elle. Ensuite?
—Ensuite, il sera préfet plus tard, et alors on le décorera.» Elle comprit qu'il ne voulait pas en dire davantage.
D'ailleurs, elle avait jeté le nom de Du Poizat négligemment. Maintenant, elle cherchait ces messieurs sur ses doigts; elle partait du pouce, elle murmurait:
«M. d'Escorailles: il n'est pas sérieux, il aime toutes les femmes.... M. La Rouquette: inutile, je le connais trop bien.... M. de Combelot: encore un qui est marié...» Et, comme elle s'arrêtait à l'annulaire, ne trouvant plus personne, Rougon lui dit, en la regardant fixement: