«Vous permettez?» dit-elle.

Et, ramenant le fauteuil devant le bureau, elle se mit à plier ses lettres. Elle se servait, comme dans les administrations, de grandes enveloppes grises, qu'elle cachetait à la cire. Elle avait allumé une bougie, elle regardait la cire flamber. Rougon attendait qu'elle eût fini, tranquillement.

«Et c'est pour ça que vous êtes venu?» reprit-elle enfin, sans lâcher sa besogne.

A son tour, il ne répondit pas. Il voulait la voir de face. Quand elle se décida à retourner son fauteuil, il lui sourit, en tâchant de rencontrer ses yeux: puis, il lui baisa la main, comme désireux de la désarmer. Elle gardait sa froideur hautaine.

«Vous savez bien, dit-il, que je viens vous demander en mariage pour un de mes amis.» Il parla longuement. Il l'aimait beaucoup plus qu'elle ne croyait; il l'aimait surtout parce qu'elle était intelligente et forte. Cela lui coûtait de renoncer à elle; mais il sacrifiait sa passion à leur bonheur à tous deux. Lui, la voulait reine chez elle. Il la voyait mariée à un homme très riche, qu'elle pousserait à sa guise; et elle gouvernerait, elle n'aurait pas à faire l'abandon de sa personnalité. Cela ne valait-il pas mieux que de se paralyser l'un l'autre? Ils étaient gens à se dire ces vérités-là en face. Il finit par l'appeler son enfant. Elle était sa fille perverse, une créature dont l'esprit d'intrigue le réjouissait, et qu'il aurait éprouvé un véritable chagrin à voir pauvrement tourner.

«C'est tout?» demanda-t-elle quand il se tut.

Elle l'avait écouté avec la plus grande attention. Et, levant les yeux sur lui, elle reprit:

«Si vous me mariez pour m'avoir, je vous avertis que vous faites un mauvais calcul.... J'ai dit jamais!

—Quelle idée!» s'écria-t-il, en rougissant légèrement.

Il toussa, il saisit sur le bureau un couteau à papier, dont il examina le manche, pour qu'elle ne vît pas son trouble. Mais elle, sans s'occuper de lui davantage, réfléchissait.