—Tu veux de la franchise? dit-elle. Eh bien! vrai, je crois que je ne reviendrai plus. Je n'ai pas de prétexte, je ne puis en inventer.

—Alors il faut nous dire adieu.

—Non, je ne veux pas!

Elle prononça ces mots avec une colère épouvantée. Elle ajouta plus doucement, sans savoir ce qu'elle disait, sans quitter sa chaise:

—Je vais m'en aller.

Laurent songeait. Il pensait à Camille.

—Je ne lui en veux pas, dit-il enfin sans le nommer, mais vraiment il nous gêne trop…. Est-ce que tu ne pourrais pas nous en débarrasser, l'envoyer en voyage, quelque part, bien loin?

—Ah! oui, l'envoyer en voyage! reprit la jeune femme en hochant la tête. Tu crois qu'un homme comme ça consent à voyager…. Il n'y a qu'un voyage dont on ne revient pas…. Mais il nous enterrera tous; ces gens-là qui n'ont que le souffle ne meurent jamais.

Il y eut un silence. Laurent se traîna sur les genoux, se serrant contre sa maîtresse, appuyant la tête contre sa poitrine.

—J'avais fait un rêve, dit-il; je voulais passer une nuit entière avec toi, m'endormir dans tes bras et me réveiller le lendemain sous tes baisers…. Je voudrais être ton mari…. Tu comprends?