—Oui, monsieur, mais ces convulsions ont disparu vers l'âge de six ans.... Elle est très-délicate. Depuis quelques jours, je la voyais mal à son aise. Elle avait des crampes, des absences.
—Connaissez-vous des maladies nerveuses dans votre famille?
—Je ne sais pas.... Ma mère est morte de la poitrine.
Elle hésitait, prise d'une honte, ne voulant pas avouer une aïeule enfermée dans une maison d'aliénés. Toute son ascendance était tragique.
—Prenez garde, dit vivement le médecin, voici un nouvel accès.
Jeanne venait d'ouvrir les yeux. Un instant, elle regarda autour d'elle, d'un air égaré, sans prononcer une parole. Puis, son regard devint fixe, son corps se renversa en arrière, les membres étendus et raidis. Elle était très rouge. Tout d'un coup elle blêmit, d'une pâleur livide, et les convulsions se déclarèrent.
—Ne la lâchez pas, reprit le docteur. Prenez-lui l'autre main.
Il courut au guéridon, sur lequel, en entrant, il avait posé une petite pharmacie. Il revint avec un flacon, qu'il fit respirer à l'enfant. Mais ce fut comme un terrible coup de fouet, Jeanne donna une telle secousse, qu'elle échappa des mains de sa mère.
—Non, non, pas d'éther! cria celle-ci, avertie par l'odeur. L'éther la rend folle.
Tous deux suffirent à peine à la maintenir. Elle avait de violentes contractions, soulevée sur les talons et sur la nuque, comme pliée en deux. Puis, elle retombait, elle s'agitait dans un balancement qui la jetait aux deux bords du lit. Ses poings étaient serrés, le pouce fléchi vers la paume; par moments, elle les ouvrait, et, les doigts écartés, elle cherchait à saisir des objets dans le vide pour les tordre. Elle rencontra le châle de sa mère, elle s'y cramponna. Mais ce qui surtout torturait celle-ci, c'était, comme elle le disait, de ne plus reconnaître sa fille. Son pauvre ange, au visage si doux, avait les traits renversés, les yeux perdus dans leurs orbites, montrant leur nacre bleuâtre.