—Ah! c'est toi, bon ami! criait-elle dès qu'il paraissait. Viens t'asseoir là, tout près.... Tu as des oranges?

Elle se soulevait, elle fouillait en riant dans ses poches, où il y avait toujours des friandises. Puis, elle l'embrassait, jouant toute une comédie de passion, satisfaite et vengée du tourment qu'elle croyait deviner sur la face pale de sa mère. M. Rambaud rayonnait d'avoir ainsi fait la paix avec sa petite chérie. Mais, dans l'antichambre, Hélène, en allant à sa rencontre, venait de l'avertir, d'un mot rapide. Alors, tout d'un coup, il semblait apercevoir la potion sur la table.

—Tiens! tu bois donc du sirop?

Le visage de Jeanne s'assombrissait. Elle disait à demi-voix:

—Non, non, c'est mauvais, ça pue, je ne bois pas de çà!

—Comment! tu ne bois pas de ça? reprenait

M. Rambaud, d'un air gai. Mais je parie que c'est très-bon.... Veux-tu me permettre d'en boire un peu?

Et, sans attendre la permission, il s'en versait une large cuillère et l'avalait sans une grimace, en affectant une satisfaction gourmande.

—Oh! exquis! murmurait-il. Tu as bien tort.... Attends, rien qu'un petit peu.

Jeanne, amusée, ne se défendait plus. Elle voulait bien de tout ce que M. Rambaud avait goûté, elle suivait avec attention ses mouvements, semblait étudier sur son visage l'effet de la drogue. Et le brave homme, en un mois, se gorgea ainsi de pharmacie. Lorsque Hélène le remerciait, il haussait les épaules.