Un coup de sonnette l'étonna.
—Qui est-ce donc, petite mère? demanda Jeanne, qui avait tressailli sur sa chaise.
Et comme M. Rambaud entrait:
—C'est toi!... Pourquoi sonnes-tu si fort? Tu m'as fait peur.
Le digne homme parut consterné. Il avait eu la main un peu lourde, en effet.
—Je ne suis pas gentille aujourd'hui, j'ai mal, continuait l'enfant. Il ne faut pas me faire peur.
M. Rambaud s'inquiéta. Qu'avait donc la pauvre chérie? Et il ne s'assit, rassuré, qu'en apercevant Hélène lui adresser un léger signe, pour l'avertir que l'enfant était dans ses noirs, comme disait Rosalie. D'ordinaire, il venait très-rarement dans la journée. Aussi voulut-il expliquer tout de suite sa visite. C'était pour un compatriote, un vieil ouvrier qui ne trouvait plus de travail, à cause de son grand âge, et qui avait sa femme paralytique, dans une petite chambre, grande comme la main. On ne se figurait pas une pareille misère. Le matin même, il était monté chez eux, afin de se rendre compte. Un trou sous les toits, avec une fenêtre à tabatière, dont les vitres cassées laissaient tomber la pluie; là dedans, une paillasse, une femme enveloppée dans un ancien rideau, et l'homme hébété, accroupi par terre, n'ayant même plus le courage de donner un coup de balai.
—Oh! les malheureux, les malheureux! répétait Hélène, émue aux larmes.
Ce n'était pas le vieil ouvrier qui embarrassait M. Rambaud. Il le prendrait chez lui, il trouverait bien à l'occuper. Mais la femme, cette paralytique que son mari n'osait laisser un instant seule et qu'il fallait rouler comme un paquet, où la mettre, qu'en faire?
—J'ai songé à vous, continua-t-il, il faut que vous la fassiez entrer tout de suite dans un hospice.... Je serais allé directement chez monsieur Deberle, mais j'ai pensé que vous le connaissez davantage, que vous auriez plus d'influence.... S'il veut bien s'en occuper, l'affaire sera arrangée demain.