—Non, ma chérie, il n'est pas malade.... Il est au collège.
Et, comme Hélène l'accompagnait dans l'antichambre, elle voulut lui expliquer son mensonge.
—Oh! je l'amènerais bien, je sais que ce n'est pas contagieux.... Mais les enfants s'effrayent tout de suite, et Lucien est si bête! Il serait capable de pleurer en voyant votre pauvre ange....
—Oui, oui, vous avez raison, interrompit Hélène, le coeur crevé à la pensée de cette femme si gaie, qui avait chez elle son enfant bien portant.
Une seconde semaine avait passé. La maladie suivait son cours, emportait à chaque heure un peu de la vie de Jeanne. Elle ne se hâtait point, dans sa foudroyante rapidité, mettant à détruire cette frêle et adorable chair toutes les phases prévues, sans la gracier d'une seule. Les crachats sanglants avaient disparu; par moments, la toux cessait. Une telle oppression étouffait l'enfant, qu'à la difficulté de son haleine on pouvait suivre les ravages du mal, dans sa petite poitrine. C'était trop rude pour tant de faiblesse, les yeux de l'abbé et de M. Rambaud se mouillaient de larmes à l'écouter. Pendant des jours, pendant des nuits, le souffle s'entendait sous les rideaux, la pauvre créature qu'un heurt semblait devoir tuer, n'en finissait pas de mourir, dans ce travail qui la mettait en sueur. La mère, à bout de force, ne pouvant plus supporter le bruit de ce râle, s'en allait dans la pièce voisine appuyer sa tête contre un mur.
Peu à peu, Jeanne s'isolait. Elle ne voyait plus le monde, elle avait une expression de visage noyée et perdue, comme si elle eût déjà vécu toute seule, quelque part. Quand les personnes qui l'entouraient voulaient attirer son attention et se nommaient, pour qu'elle les reconnût, elle les regardait fixement, sans un sourire, puis se retournait vers la muraille d'un air de fatigue. Une ombre l'enveloppait, elle s'en allait avec la bouderie irritée de ses mauvais jours de jalousie. Pourtant, des caprices de malade l'éveillaient encore. Un matin, elle demanda à sa mère:
—C'est dimanche, aujourd'hui?
—Non, mon enfant, répondit Hélène. Nous ne sommes qu'au vendredi.... Pourquoi veux-tu savoir?
Elle ne paraissait déjà plus se rappeler la question qu'elle avait posée. Mais, le surlendemain, comme Rosalie était dans la chambre, elle lui dit à demi-voix:
—C'est dimanche.... Zéphyrin est là, prie-le de venir.