—Vous savez ce que vous m'avez promis.... Le premier jour de beau temps, vous descendez au jardin et vous amenez Jeanne. C'est une ordonnance du docteur.
Hélène souriait.
—Oui, oui, la chose est entendue. Comptez sur nous.
Trois jours plus tard, par une claire après-midi de février, elle descendit en effet avec sa fille. La concierge leur ouvrit la porte de communication. Au fond du jardin, dans une sorte de serre transformée en pavillon japonais, elles trouvèrent madame Deberle, ayant auprès d'elle sa soeur Pauline, toutes deux les mains abandonnées, avec des ouvrages de broderie sur une petite table, qu'elles avaient posés là et oubliés.
—Ah! que c'est donc aimable à vous! dit Juliette. Tenez, mettez-vous ici.... Pauline, pousse cette table.... Vous voyez, il fait encore un peu frais, lorsqu'on reste assis, et de ce pavillon nous surveillerons très-bien les enfants.... Allons, jouez, mes enfants. Surtout, prenez garde de tomber. La large baie du pavillon était ouverte, et de chaque côté on avait tiré dans leurs châssis des glaces mobiles; de sorte que le jardin se développait de plain-pied, comme au seuil d'une tente. C'était un jardin bourgeois, avec une pelouse centrale, flanquée de deux corbeilles. Une simple grille le fermait sur la rue Vineuse; seulement, un tel rideau de verdure avait grandi là, que de la rue aucun regard ne pouvait pénétrer; des lierres, des clématites, des chèvrefeuilles se collaient et s'enroulaient à la grille, et, derrière ce premier mur de feuillage, s'en haussait un second, fait de lilas et de faux ébéniers. Même l'hiver, les feuilles persistantes des lierres et l'entrelacement des branches suffisaient à barrer la vue. Mais le grand charme était, au fond, quelques arbres de haute futaie, des ormes superbes qui masquaient la muraille noire d'une maison à cinq étages. Ils mettaient, dans cet étranglement des constructions voisines, l'illusion d'un coin de parc et semblaient agrandir démesurément ce jardinet parisien, que l'on balayait comme un salon. Entre deux ormes pendait une balançoire, dont l'humidité avait verdi la planchette.
Hélène regardait, se penchait pour mieux voir.
—Oh! c'est un trou, dit négligemment madame Deberle. Mais, à Paris, les arbres sont si rares.... On est bien heureux d'en avoir une demi- douzaine à soi.
—Non, non, vous êtes très-bien, murmurait Hélène. C'est charmant.
Ce jour-là, dans le ciel pâle, le soleil mettait une poussière de lumière blonde. C'était, entre les branches sans feuilles, une pluie lente de rayons. Les arbres rougissaient, on voyait les fins bourgeons violâtres attendrir le ton gris de l'écorce. Et sur la pelouse, le long des allées, les herbes et les graviers avaient des pointes de clarté, qu'une brume légère, au ras du sol, noyait et fondait. Il n'y avait pas une fleur, la gaieté seule du soleil sur la terre nue annonçait le printemps.
—Maintenant, c'est encore un peu triste, reprit madame Deberle. Vous verrez en juin, on est dans un vrai nid. Les arbres empêchent les gens d'à côté d'espionner, et nous sommes alors complètement chez nous....