—Vraiment, cet enfant me met hors de moi, reprit madame Deberle, qui redevenait toute blanche et s'allongeait comme brisée de fatigue.

Hélène crut devoir intervenir.

—Jeanne, dit-elle, prends-lui la main, jouez à vous promener.

Jeanne prit la main de Lucien, et, gravement, ils s'en allèrent par les allées, à petits pas. Elle était beaucoup plus grande que lui, il avait le bras en l'air; mais ce jeu majestueux, qui consistait à tourner en cérémonie autour de la pelouse, semblait les absorber l'un et l'autre et donner une grande importance à leurs personnes. Jeanne, comme une vraie dame, avait les regards flottants et perdus. Lucien ne pouvait s'empêcher, par moments, de risquer un coup d'oeil sur sa compagne. Ils ne se disaient pas un mot.

—Ils sont drôles, murmura madame Deberle, souriante et calmée. Il faut dire que votre Jeanne est une bien charmante enfant.... Elle est d'une obéissance, d'une sagesse....

—Oui, quand elle est chez les autres, répondit Hélène. Elle a des heures terribles. Mais comme elle m'adore, elle tâche d'être sage pour ne pas me faire de la peine.

Ces dames causèrent des enfants. Les filles étaient plus précoces que les garçons. Pourtant, il ne fallait pas se fier à l'air bêta de Lucien. Avant un an, lorsqu'il se serait un peu débrouillé, ce serait un gaillard. Et, sans transition apparente, on en vint à parler d'une femme qui habitait un petit pavillon en face, et chez laquelle il se passait vraiment des choses....

Madame Deberle s'arrêta pour dire à sa soeur:

—Pauline, va donc une minute dans le jardin.

La jeune fille sortit tranquillement et resta sous les arbres. Elle était habituée à ce qu'on la mît dehors, chaque fois que dans la conversation se présentait quelque chose de trop gros dont on ne pouvait parler devant elle.