—Madame, dit-elle, j'ai acheté des choux-fleurs.... Voyez donc!... Deux pour dix-huit sous, ce n'est pas cher....

Elle tendait son panier entr'ouvert, lorsqu'on levant la tête, elle aperçut Zéphyrin qui ricanait. Une stupeur la cloua sur le tapis. Il s'écoula deux ou trois secondes, elle ne l'avait sans doute pas reconnu tout de suite sous l'uniforme. Ses yeux ronds s'agrandirent, sa petite face grasse devint pâle, tandis que ses durs cheveux noirs remuaient.

—Oh! dit-elle simplement.

Et, de surprise, elle lâcha son panier. Les provisions roulèrent sur le tapis, les choux-fleurs, des oignons, des pommes. Jeanne, enchantée, poussa un cri et se jeta par terre, au milieu de la chambre, courant après les pommes, jusque sous les fauteuils et l'armoire à glace. Cependant, Rosalie, toujours paralysée, ne bougeait pas, répétait:

—Comment! c'est toi!... Qu'est-ce que tu fais la, dis? qu'est-ce que tu fais la?

Elle se tourna vers Hélène et demanda:

—C'est donc vous qui l'avez laissé entrer?

Zéphyrin ne parlait pas, se contentait de cligner les paupières d'un air malin. Alors, des larmes d'attendrissement montèrent aux yeux de Rosalie, et pour témoigner sa joie de le revoir, elle ne trouva rien de mieux que de se moquer de lui.

—Ah! va, reprit-elle en s'approchant, t'es joli, t'es propre, avec cet habit-là!... J'aurais pu passer à côté de toi, je n'aurais pas seulement dit: Dieu te bénisse!... Comme te voilà fait! T'as l'air d'avoir ta guérite sur ton dos. Et ils t'ont joliment rasé la tête, tu ressembles au caniche du sacristain.... Bon Dieu! que t'es laid, que t'es laid!

Zéphyrin, vexé, se décida à ouvrir la bouche.