—Elle manque d'exercice, reprit le prêtre. Vous vous enfermez trop, vous ne menez pas assez la vie de tout le monde.

Il se tut, il y ont un silence. Sans doute il avait trouvé la transition qu'il cherchait; mais, au moment de parler, il se recueillait. Il prit une chaise, s'assit à côté d'Hélène, en disant:

—Écoutez, ma chère fille, je désire causer sérieusement avec vous depuis quelque temps.... L'existence que vous menez ici n'est pas bonne. Ce n'est point à votre âge qu'on se cloître comme vous le faites; et ce renoncement est aussi mauvais pour votre enfant que pour vous.... Il y a mille dangers, des dangers de santé et d'autres dangers encore....

Hélène avait levé la tête, d'un air de surprise.

—Que voulez-vous dire, mon ami? demanda-t-elle.

—Mon Dieu! je connais peu le monde, continua le prêtre avec un léger embarras, mais je sais pourtant qu'une femme y est très-exposée, lorsqu'elle reste sans défense.... Enfin, vous êtes trop seule, et cette solitude dans laquelle vous vous enfoncez, n'est pas saine, croyez-moi. Un jour doit venir où vous en souffrirez.

—Mais je ne me plains pas, mais je me trouve très-bien comme je suis! s'écria-t-elle avec quelque vivacité.

Le vieux prêtre branla doucement sa grosse tête.

—Certainement, cela est très-doux. Vous vous sentez parfaitement heureuse, je le comprends. Seulement, sur cette pente de la solitude et de la rêverie, on ne sait jamais où l'on va.... Oh! je vous connais, vous êtes incapable de mal faire.... Mais vous pourriez y perdre tôt ou tard votre tranquillité. Un matin, il ne serait plus temps, la place que vous laissez vide autour de vous et en vous, se trouverait occupée par quelque sentiment douloureux et inavouable.

Dans l'ombre, une rougeur était montée au visage d'Hélène. L'abbé avait donc lu dans son coeur? Il connaissait donc le trouble qui grandissait en elle, cette agitation intérieure qui emplissait sa vie, maintenant, et qu'elle-même jusque-là n'avait pas voulu interroger? Son ouvrage tomba sur ses genoux. Une mollesse la prenait, elle attendait du prêtre comme une complicité dévote, qui allait enfin lui permettre d'avouer tout haut et de préciser ces choses vagues qu'elle refoulait au fond de son être. Puisqu'il savait tout, il pouvait la questionner, elle tâcherait de répondre.