Une inquiétude grandissait dans les yeux clairs de la petite fille. Elle posa sa joue sur l'épaule de sa mère, la baisa au cou, finit par lui demander à l'oreille, toute frissonnante:
—Maman, est-ce qu'il t'embrasserait?
Une teinte rose monta au front d'Hélène. Elle ne sut que répondre d'abord à cette question d'enfant. Enfin, elle murmura:
—Il serait comme ton père, ma chérie.
Alors, les petits bras de Jeanne se raidirent, elle éclata brusquement en gros sanglots. Ella bégayait:
—Oh! non, non, je ne veux plus.... Oh! maman, je t'en prie, dis-lui que je ne veux pas, va lui dire que je ne veux pas....
Et elle étouffait, elle s'était jetée sur la poitrine de sa mère, elle la couvrait de ses larmes et de ses baisers. Hélène tacha de la calmer, en lui répétant qu'on arrangerait cela. Mais Jeanne voulait tout de suite une réponse décisive.
—Oh! dis non, petite mère, dis non.... Tu vois bien que j'en mourrais.... Oh! jamais, n'est-ce pas? jamais!
—Eh bien! non, je te le promets; sois raisonnable, couche-toi.
Pendant quelques minutes encore, l'enfant muette et passionnée la serra entre ses bras, comme ne pouvant se détacher d'elle et la défendant contre ceux qui voulaient la lui prendre. Enfin, Hélène put la coucher; mais elle dut veiller près d'elle une partie de la nuit. Des secousses l'agitaient dans son sommeil, et, toutes les demi-heures, elle ouvrait les yeux, s'assurait que si mère était là, puis se rendormait en collant la bouche sur sa main.