Hélène n'avait pas eu le temps de prévenir l'accès, un de ces accès de colère aveugle qui parfois secouaient si terriblement la petite fille. Elle dit sévèrement:

—Jeanne, prends garde, je te corrigerai!

Mais Jeanne ne l'écoutait pas, ne l'entendait pas. Tremblant de la tête aux pieds, trépignant, s'étranglant, elle répétait: «Je veux!... je veux!...» d'une voix de plus en plus rauque et déchirée; et, de ses mains crispées, elle avait saisi le bras de M. Rambaud, qu'elle tordait avec une force extraordinaire. Vainement, Hélène la menaça. Alors, ne pouvant la dompter par la sévérité, très-chagrine de cette scène devant tout ce monde, elle se contenta de murmurer doucement:

—Jeanne, tu me fais beaucoup de peine.

L'enfant, aussitôt, lâcha prise, tourna la tête. Et quand elle vit sa mère, la face désolée, les yeux pleins de larmes contenues, elle éclata elle-même en sanglots et se jeta à son cou, en balbutiant:

—Non, maman.... non, maman....

Elle lui passait les mains sur la figure pour l'empêcher de pleurer. Sa mère, lentement, l'écarta. Alors, le coeur crevé, éperdue, la petite se laissa tomber à quelques pas sur un banc, où elle sanglota plus fort. Lucien, auquel on la donnait sans cesse en exemple, la contemplait, surpris et vaguement enchanté. Et comme Hélène pliait son ouvrage, en s'excusant d'une pareille scène, Juliette lui dit que, mon Dieu! On devait tout pardonner aux enfants; au contraire, la petite avait très-bon coeur, et elle se lamentait si fort, la pauvre mignonne, qu'elle était déjà trop punie. Elle l'appela pour l'embrasser, mais Jeanne, refusant le pardon, restait sur son banc, étouffée par les larmes.

M. Rambaud et le docteur, cependant, s'étaient approchés. Le premier se pencha, demanda de sa bonne voix émue:

—Voyons, ma chérie, pourquoi es-tu fâchée? que t'ai-je fait?

—Oh! dit l'enfant, en écartant les mains et en montrant son visage bouleversé, tu as voulu me prendre maman.