«Le lendemain matin, je me sentis triste; un peu parce que vous alliez mal, et un peu parce que j'eusse désiré que mon père connût et approuvât mes excursions. Mais après le thé il y eut un beau clair de lune, et à mesure que j'avançais vers les Heights, la nuit devenait plus claire. «Je vais donc avoir de nouveau une heureuse soirée, pensais-je, et ce qui me ravit bien davantage, mon gentil Linton aussi en aura une.» Je trottais le long de leur jardin lorsque Earnshaw vint à ma rencontre, prit ma bride, et m'invita à entrer par la porte principale. Il caressa le cou de Minny, me dit que c'était une bonne bête, et me parut désirer que je lui adresse la parole. Mais je lui dis seulement de laisser mon cheval, s'il ne voulait pas recevoir un coup de pied. À quoi il me répondit avec son accent vulgaire que ce ne serait pas un grand mal s'il en recevait un, en même temps qu'il considérait avec dédain les petites jambes du poney. J'avais presque envie de lui en faire faire l'expérience, mais il s'était avancé pour ouvrir la porte, et au moment où il soulevait le loquet, il regarda l'inscription marquée sur le fronton, puis me dit, avec un mélange stupide de gaucherie et de vanité:
—Miss Catherine, je peux lire ça, à présent!
—C'est merveilleux, m'écriai-je; je vous en prie, faites-moi voir comme vous êtes devenu fort.
«Il épela, syllabes par syllabes, le nom de Hareton Earnshaw.
—Et les lettres écrites? m'écriai-je, voyant bien qu'il s'était arrêté net.
—Je ne puis les déchiffrer encore, répondit-il.
—Oh! l'âne que vous êtes! dis-je, riant de bon cœur de son échec.
«Le fou me regarda avec une grimace, comme s'il se demandait s'il devait partager mon hilarité, et s'il fallait l'attribuer à une agréable familiarité, ou, comme c'était vraiment le cas, à du mépris. Je le soulageai de son doute en reprenant toute ma gravité et en lui ordonnant de s'en aller, parce que j'étais venue pour voir Linton et non pas lui. Il rougit, ôta sa main du loquet, et s'éloigna, parfaite image de la vanité mortifiée. Je suppose qu'il s'imaginait être un personnage aussi accompli que Linton, parce qu'il pouvait épeler son nom, et qu'il était absolument déconfit de voir que je ne pensais pas de même sur son compte.
«Quand j'entrai, Linton était couché sur le banc; il se releva à demi pour me souhaiter la bienvenue.
—Je suis malade ce soir, Catherine, ma chérie, me dit-il; il faudra que vous parliez tout le temps et que je vous écoute. Venez, asseyez-vous près de moi. J'étais sûr que vous tiendriez votre parole, et il faudra que vous me donniez de nouveau la même promesse avant de partir.