—Votre maître est un vrai brigand, fis-je, mais il répondra de sa conduite. Il ne lui servira de rien d'avoir répandu cette fable.
—Que voulez-vous dire? demanda Zillah; ce n'est pas une fable, tout le monde dans le village dit que vous vous êtes perdues dans le marais. Quand je suis arrivée ici, je demande à M. Earnshaw si ce n'était pas triste, que vous et Miss Catherine vous fussiez perdues. Il m'a regardée comme s'il avait mal entendu. Mais M. Heathcliff avait bien entendu, lui, et c'est lui qui m'a dit: «Si elles ont été dans le marais, Zillah, elles en sont dehors à présent. Nelly Dean est en ce moment logée dans votre chambre. Vous pouvez lui dire de descendre quand vous y monterez. Voici la clé. J'ai voulu la forcer à rester ici jusqu'à ce qu'elle ait tout à fait repris ses sens. Vous pouvez lui dire d'aller tout de suite à la Grange, si elle en est capable, et d'annoncer de ma part que la jeune dame s'y rendra à temps pour assister aux funérailles de M. Edgar.
—M. Edgar n'est pas mort! m'écriai-je. Oh Zillah! Zillah!
—Non, non, rasseyez-vous, ma bonne dame; vous êtes encore malade. Il n'est pas mort; le docteur Kenneth, que j'ai rencontré sur le chemin, croit qu'il pourra encore durer un jour.
Au lieu de me rasseoir, je profitai de ce que le chemin était libre pour m'élancer dans l'escalier. En entrant dans la maison, je cherchai autour de moi quelqu'un qui pût me renseigner sur Catherine. La chambre était toute pleine de soleil et la porte restait large ouverte; mais je ne voyais personne. Je me demandais s'il fallait m'en aller tout de suite ou chercher ma maîtresse, lorsqu'une petite toux attira mon attention du côté du foyer. Je vis Linton couché sur le banc, occupé à sucer un bâton de sucre candi et observant mes mouvements d'un regard apathique.
—Où est Miss Catherine? lui demandai-je d'un ton rude. Est-elle partie?
—Non, répondit-il, elle est en haut; et nous ne la laisserons pas sortir.
—Vous ne voulez pas la laisser sortir, petit idiot? m'écriai-je. Indiquez-moi tout de suite sa chambre, ou je vous ferai siffler une bonne fois.
—C'est papa qui vous ferait siffler si vous essayiez d'y aller, répondit-il. Il me dit que je n'ai pas à être doux avec Catherine: qu'elle est ma femme, et qu'il est honteux qu'elle désire me quitter. Il me dit qu'elle me hait et désire ma mort pour avoir mon argent; mais elle ne l'aura pas et elle n'ira pas chez elle. Jamais elle n'ira. Elle peut pleurer à être malade autant qu'il lui plaira.
Il reprit sa première occupation, fermant les yeux comme s'il voulait s'endormir.