—Où est Heathcliff? dit-elle m'interrompant.

—À son ouvrage dans l'étable, lui répondis-je.

Heathcliff ne me contredit pas; peut-être s'était-il assoupi.

De nouveau suivit un long silence pendant lequel je vis une larme ou deux descendre de la joue de Catherine et tomber sur le plancher. «Aurait-elle un regret de sa honteuse conduite? me demandais-je. Voilà qui serait nouveau; mais elle fera comme elle voudra pour arriver à son sujet, je ne l'y aiderai pas.»—Mais non, elle ne s'inquiétait guère d'aucun sujet, sauf de ce qui la touchait elle-même.

—Oh, chère, fit-elle, je suis très malheureuse!

—Quelle pitié, vous êtes difficile à satisfaire; tant d'amis et si peu de soucis, et vous ne pouvez pas vous tenir pour contente!

—Nelly, voulez-vous me garder un secret? poursuivit-elle, s'agenouillant auprès de moi et levant sur moi ses yeux caressants, avec un de ces regards qui chassent la mauvaise humeur lors même qu'on a les meilleures raisons pour s'y laisser aller.

—Votre secret vaut-il la peine qu'on le garde? demandai-je d'un ton moins maussade.

—Oui, et il me tourmente, et il faut que je m'en épanche. J'ai besoin de savoir ce que je dois faire. Edgar Linton m'a demandé aujourd'hui d'être sa femme, et je lui ai donné une réponse. Mais avant que je vous dise si cette réponse a été un consentement ou un refus, dites-moi, vous, ce qu'elle aurait dû être.

—En vérité, miss Catherine, comment puis-je le savoir? répondis-je. Si je songe à la manifestation que vous avez faite en sa présence cet après-midi, je peux dire à coup sûr qu'il aurait été sage pour vous de le refuser; car pour avoir demandé votre main après cette scène, il faut qu'il soit, ou désespérément stupide, ou bien le plus téméraire des fous.