Je serai donc toute ma vie biche blanche au bois!»

«Non, ma bien-aimée,» s'écria le roi, «vous ne le serez pas plus longtemps.» Au même instant le charme fut rompu. Le roi fit mourir la méchante sorcière et vécut heureux avec sa femme.

REMARQUES

Ce petit conte doit être rapproché de plusieurs contes étrangers dans lesquels il ne forme qu'un épisode du récit. Celui qui lui ressemble le plus, à notre connaissance, est un conte suédois (Cavallius, p. 142): dans ce conte, la mère de la fausse reine demande au roi, pour guérir sa fille, le sang de la petite cane, qui n'est autre que la vraie reine, comme la sorcière demande à manger de la biche blanche[241]. Là aussi, la reine revient trois nuits; chaque fois elle demande au petit chien ce que fait la sorcière, etc.

Dans un conte russe (Ralston, p. 184), la reine, changée en oie sauvage par sa marâtre, qui lui a substitué une sienne fille, revient également trois nuits de suite, sous sa véritable forme, pour allaiter son enfant. La troisième fois, il faudra qu'elle s'envole pour toujours «par delà les sombres forêts, par delà les hautes montagnes.»—Comparer les contes allemands nos 11 et 13 de la collection Grimm.

Dans un conte catalan (Rondallayre, III, p. 149), une reine a été changée en colombe blanche par une gitana, qui a pris sa place auprès du roi; elle vient plusieurs fois sous cette forme demander au jardinier du château comment se trouve le roi avec sa «reine noire» et ce que fait son enfant à elle.—Comparer le conte portugais no 36 de la collection Braga et un conte espagnol, recueilli au Chili et publié dans la Biblioteca de las tradiciones populares españolas (I, p. 109).

Un conte grec moderne (J.-A. Buchon, La Grèce continentale et la Morée, p. 263, reproduit dans la collection E. Legrand, p. 140) présente ainsi le même épisode: Les deux sœurs aînées de la reine, jalouses de celle-ci, s'introduisent dans sa chambre le jour où elle met au monde un fils, et enfoncent une épingle magique dans la tête de l'accouchée. Aussitôt la jeune reine est changée en un petit oiseau qui s'envole, et une de ses sœurs se met dans le lit à sa place. Le roi, qui avait coutume de déjeuner au jardin, voit un jour un joli petit oiseau qui lui dit: «Prince, la reine-mère, le roi et le petit prince ont-ils bien dormi la nuit passée?—Oui,» dit le roi.—«Que tous dorment du sommeil le plus doux; mais que la jeune reine dorme d'un sommeil sans réveil, et que tous les arbres que je traverse se sèchent.» La verdure et les fleurs se flétrissent en effet. Les jardiniers demandent au roi la permission de tuer l'oiseau, mais le roi le leur défend. Plusieurs jours de suite, le petit oiseau revient; il se pose sur les genoux du roi et mange avec lui. Un jour le roi, l'examinant, voit sur sa tête une épingle. Il la retire, et sa vraie femme reparaît à ses yeux.—Dans un conte breton (Luzel, Légendes, II, p. 303), la vraie reine est aussi changée en oiseau, par la vertu magique d'une épingle, que sa marâtre lui a enfoncée dans la tempe. Elle vient, trois nuits de suite, se plaindre auprès de son enfant nouveau-né: si personne ne la délivre en retirant l'épingle, elle restera pour toujours oiseau bleu dans le bois. Le roi, prévenu après la seconde nuit par son valet de chambre, retire l'épingle magique[242].

Mentionnons enfin le conte allemand no 135 de la collection Grimm, et un conte lithuanien (Chodzko, p. 315). Dans ces deux contes, une marâtre, qui conduit sa belle-fille à un roi que celle-ci doit épouser, la jette dans l'eau en la transformant en cane, et lui substitue sa propre fille. Trois nuits de suite, la cane vient au palais du roi et (dans le conte allemand) demande ce que devient son frère et ce que fait le roi, ou (dans le conte lithuanien) va pleurer sur le cercueil de son frère.—Comparer un conte islandais (Arnason, p. 235) et deux contes siciliens (Gonzenbach, nos 13 et 33).

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