LXXII
LA FILEUSE
Il était une fois un homme qui s'en allait tous les soirs veiller chez les voisins, et laissait sa femme seule au logis. Un soir que celle-ci était à filer, comme à l'ordinaire, elle vit entrer un petit garçon rouge, qui s'approcha du feu en disant:
File, file, Méguechon,
Mé, je tisonnerâ le feuil[110].
Le lendemain et les jours suivants, il revint encore. A la fin, la femme, effrayée, dit à son mari: «Il vient tous les soirs un petit garçon rouge qui tisonne pendant que je file. Je n'ose plus rester seule.—Eh bien!» dit le mari, «tu iras ce soir veiller chez le voisin; moi, je filerai à ta place.»
Le soir venu, l'homme prit les habits de sa femme, fit un bon feu, et se mit au rouet. Le follet ne tarda pas à arriver, et il dit en s'approchant du feu:
Tourne, tourne, rien ne doveuilde;
Celle d'açau filot bi meuil[111].
Pendant qu'il tisonnait, l'homme l'empoigna et le jeta dans le feu. Le follet s'enfuit en criant: