Le boucher tua le bœuf, le bœuf but la rivière, la rivière éteignit le feu, le feu brûla le bâton, le bâton battit le petit chien, le petit chien aboya le loup, le loup mangea Poutin, et tout fut fini.

NOTES:

[14] Etait bien plus habile.


REMARQUES

Un conte suisse de la Gruyère (Romania, 1875, p. 232) met en scène des personnages analogues à ceux de notre conte, et commence à peu près de la même manière; mais bientôt il s'en écarte beaucoup plus que certains autres contes dont l'introduction est différente. Voici le commencement de ce conte: «Pelon et Peluna sont allés aux framboises; ils ont regardé lequel serait le plus vite plein. Peluna a été pleine avant Pelon; Pelon n'a pas pu aller à sa maison.» Alors on va chercher un char pour mener Pelon; le char ne veut pas mener Pelon; le cheval ne veut pas traîner le char, ni le pieu battre le cheval, ni le feu brûler le pieu, ni l'eau éteindre le feu, ni la souris boire l'eau, ni le chat manger la souris, ni le chien manger le chat; mais le loup veut bien manger le chien, et alors les autres personnages consentent à la file à faire ce qu'on leur demandait.

Un conte de l'Allemagne du Nord (Kuhn et Schwartz, nº 16) s'écarte de notre conte pour l'introduction, mais s'en rapproche pour tout le reste: Une femme a un petit chien et un hippel (?); elle veut aller à la foire et dit au hippel de rester à la maison; il ne veut pas. Alors la femme dit au chien de le mordre. Entrent ensuite successivement dans l'action le bâton, le feu, l'eau, le bœuf, le boucher. C'est bien, comme on voit, la même série que celle de notre conte, moins le loup, qui est en tête dans le conte de Montiers.—D'autres contes, qui, pour la plupart, n'ont pas non plus le loup, ajoutent un dernier chaînon: le juge, qui veut bien pendre ou battre le boucher (voir une chanson parisienne, citée par M. Gaston Paris, Romania, 1872, p. 220, et un conte hongrois de la collection Gaal-Stier, nº 20). Ailleurs, au lieu du juge, c'est le bourreau (conte alsacien, Elsæssisches Volksbüchlein d'Aug. Stœber, 1re éd., Strasbourg, 1842, p. 93; conte souabe de la collection Meier, nº 82; conte de Saxe-Meiningen, cité par M. R. Kœhler, Germania, t. V, 1860, p. 466), ou bien c'est le soldat (conte vénitien: Bernoni, Tradizioni, p. 72), ou le diable (variante du conte souabe, op. cit., p. 317, et chanson vosgienne, citée par M. G. Paris, loc. cit.), ou enfin la Mort (chanson bourguignonne, Romania, 1872, p. 219).

Dans un conte portugais (Coelho, nº 4), cette série de personnages est rattachée à une autre série préliminaire. Un singe a laissé tomber un grain de grenade au pied d'un olivier; à cette place pousse bientôt un grenadier. Alors le singe va trouver le propriétaire de l'olivier et lui dit de l'arracher pour permettre au grenadier de pousser. Sur son refus, le singe va trouver le juge; le juge refusant d'obliger l'homme à arracher son olivier, le singe va trouver le roi, pour qu'il fasse marcher le juge; puis la reine, pour qu'elle se brouille avec le roi; puis le rat, pour qu'il aille ronger les jupes de la reine; puis le chat, pour qu'il mange le rat; le chien, pour qu'il morde le chat; le bâton, le feu, l'eau, le bœuf, le boucher et enfin la mort, comme dans la chanson bourguignonne mentionnée plus haut[15].

Dans tout un groupe de contes, après le bœuf, vient une série différente de personnages. Ainsi, dans un conte sicilien (Pitrè, nº 131), une petite fille, Pitidda, ne voulant pas aller balayer la maison, sa mère appelle successivement le loup, le chien, le gourdin, le feu, l'eau, la vache; puis la corde, pour étrangler la vache; la souris, pour ronger la corde, et enfin, le chat, pour manger la souris. Un conte provençal (Revue des langues romanes, t. IV, 1873, p. 114), conduit cette même série jusqu'au lien et finit brusquement; un conte languedocien de l'Hérault (ibid., p. 112) a la série complète, mais il intercale assez bizarrement, entre le chien et le bâton, le poulet, qui veut piquer le chien, et le renard, qui veut manger le poulet. Dans un conte allemand (Müllenhoff, nº 30), on s'adresse successivement au chien, au bâton, au feu, à l'eau, au bœuf, au lien, à la souris et finalement au chat. De même dans un conte flamand et dans un conte de la Frise septentrionale, cités par M. Kœhler (loc. cit., p. 465 et 466).—Un conte toscan (V. Imbriani, la Novellaja fiorentina, nº 40), un conte du pays napolitain (V. Imbriani, Conti pomiglianesi, p. 232) et un conte flamand (nº 6 des contes flamands traduits par M. F. Liebrecht dans la revue Germania, année 1868), ne commencent leur série qu'au bâton, mais la poursuivent exactement comme les précédents.

Il faut ajouter à ce groupe de contes un conte anglais de la collection Halliwell, analysé par M. G. Paris (loc. cit., p. 221): ici, la corde intervient pour pendre le boucher et non pour lier ou étrangler le bœuf. Même chose dans deux contes allemands cités par M. Kœhler (loc. cit., p. 465). Comparer un conte norwégien de la collection Asbjœrnsen (Tales of the Fjeld, p. 238): pour faire rentrer une chèvre au logis, on met en mouvement le renard, le loup, l'ours, le Finnois (pour tirer sur l'ours), le pin (pour tomber sur le Finnois), le feu, l'eau, le bœuf, le joug, la hache, le forgeron, la corde, la souris, le chat. Dans ce dernier conte et dans le conte anglais, le chat ne consent à manger la souris qui si on lui donne du lait, et,—dans le conte anglais,—la vache ne donne son lait que si la vieille lui apporte une botte de foin. Cette fin, comme M. G. Paris l'a fait remarquer très justement, est empruntée à un conte appartenant à un genre analogue de poésie populaire et que nous avons étudié à l'occasion de notre nº 29, la Pouillotte et le Coucherillot.

Un conte russe (Gubernatis, Zoological Mythology, t. I, p. 405) nous offre une forme particulière du conte qui nous occupe: La chèvre ne voulant pas revenir du bois, le bouc envoie après elle le loup, puis l'ours après le loup, les hommes après l'ours, le chêne après les hommes, la hache après le chêne, la pierre à aiguiser après la hache, le feu après la pierre à aiguiser, l'eau après le feu, et enfin l'ouragan après l'eau.

D'après M. Kœhler et M. Liebrecht, un conte de cette famille existe également chez les Grecs modernes. M. Kœhler (loc. cit., p. 467) renvoie à Sanders, Volksleben der Neugriechen (Mannheim, 1844, p. 56 et 94), et M. Liebrecht à Passow, Τραγούδια Ῥωμαϊκά, nos 273-276.

Un détail pour terminer cette revue des contes européens de ce genre actuellement vivants. Dans le conte alsacien mentionné plus haut, nous avons retrouvé la formule du conte lorrain: «Il ne m'a rien fait, je ne lui veux rien faire.»

Dans un livre de la première moitié du siècle dernier, le Neu-vermehrtes Berg-Lieder-Büchlein, a été insérée une sorte de chanson où se retrouve notre thème (Germania, t. V, 1860, p. 463): Le fermier envoie Jæckel couper les orges; Jæckel ne veut pas couper les orges, il aime mieux rester à la maison. Le fermier envoie son valet chercher Jæckel, puis le chien mordre le valet. Suit la série: gourdin, feu, eau, bœuf, boucher, diable, sorcière (pour chasser le diable), bourreau (pour brûler la sorcière), et enfin docteur (pour tuer le bourreau!).

M. Antonio Machado y Alvares, dans un travail que nous avons cité plus haut, rappelle un passage de Don Quichotte, dans lequel Cervantès fait évidemment allusion à un conte de ce genre: «Et comme on a coutume de dire: le chat au rat, le rat à la corde, la corde au bâton, le muletier tapait sur Sancho, Sancho sur la servante, la servante sur lui, l'hôtelier sur la servante.» (Don Quichotte, partie I, chap. 16.)

Il est un rapprochement curieux, qui a déjà été fait plusieurs fois, notamment par M. Gaston Paris, dans la Romania (1872, p. 222). Les contes et chansons appartenant au thème que nous étudions ont un grand rapport avec un chant hébraïque qui, chez les Juifs de divers pays, se récite ou se chante le second soir de la Pâque, avant qu'on ne se retire, et qui figure dans certains manuscrits,—assez récents, il est vrai[16],—du Sepher Haggadah, sorte de rituel contenant les hymnes et récits que les Juifs lisent et chantent en famille lors de la fête de la Pâque. M. G. Paris a donné, d'après M. Darmesteter, une traduction de ce chant, faite sur le texte hébraïque; la voici:

«Un chevreau, un chevreau, que mon père a acheté pour deux zuz (monnaie talmudique de peu de valeur).—Un chevreau, un chevreau!

«Et est venu le chat, et a mangé le chevreau que mon père a acheté pour deux zuz.—Un chevreau, un chevreau!

«Et est venu le chien, et a mordu le chat qui a mangé le chevreau que mon père, etc.

«Et est venu le bâton, et a battu le chien qui a mordu, etc.

«Et est venu le feu, et a brûlé le bâton qui a battu, etc.

«Et est venue l'eau, et a éteint le feu qui a brûlé, etc.

«Et est venu le bœuf, et a bu l'eau qui a éteint, etc.

«Et est venu le boucher, et a tué le bœuf qui a bu, etc.

«Et est venu l'Ange de la mort, et a tué le boucher qui a tué, etc.

«Et est venu le Saint (béni soit-il!), et a tué l'Ange de la mort qui a tué le boucher qui a tué le bœuf qui a bu l'eau qui a éteint le feu qui a brûlé le bâton qui a battu le chien qui a mordu le chat qui a mangé le chevreau que mon père a acheté pour deux zuz.—Un chevreau, un chevreau!»

Le Magasin pittoresque a publié, dès 1843, dans un article sur les Mœurs israélites de la Lombardie (t. XI, p. 267), la traduction d'une version de ce chant recueillie chez les Juifs de Ferrare, et qui, paraît-il, se récitait en dialecte ferrarais dans les communautés juives de toute la Lombardie[17].

Ce chant juif avec sa série: chat, chien, bâton, feu, eau, bœuf, boucher, ange de la mort et saint, se rattache bien évidemment aux contes que nous avons examinés, et, pour préciser, au premier groupe de ces contes, celui dont fait partie le conte lorrain. Mais est-ce de là qu'il dérive, ou ces contes viendraient-ils eux-mêmes du chant juif, comme M. G. Papanti, par exemple, l'affirmait encore, en 1877, dans ses Novelline popolari livornesi? Nous n'hésitons pas à affirmer, avec M. Gaston Paris, que cette dernière hypothèse n'est pas soutenable. M. G. Paris fait remarquer que «la forme hébraïque ne mentionne pas la résistance opposée par chacun des personnages de ce petit drame.» «Or,» ajoute-t-il, «cette résistance est le vrai sujet de la pièce, et il est peu probable qu'on l'ait ajoutée après coup à une traduction du chant juif. Il faudrait que cette altération fût bien ancienne, et il serait bien surprenant qu'aucune version française de la forme primitive ne se fût conservée[18]. Au contraire, on peut très bien comprendre qu'un juif, ayant entendu chanter cette chanson singulière, y ait découvert un sens allégorique et l'ait adaptée, en en retranchant la circonstance inutile (à son point de vue) de la résistance des différents êtres qui y figurent, à l'expression symbolique des destinées de sa nation.»

Du reste, ce n'est pas seulement en Europe qu'on a recueilli des contes de ce type; on en a constaté l'existence à la source même d'où se sont répandus dans le monde entier tant de contes de tout genre; nous en avons un spécimen indien. Mais, avant de le faire connaître, il faut dire quelques mots d'un conte kabyle et d'un conte qui a été recueilli dans l'Afrique australe, chez les Hottentots.

Dans le conte hottentot (voir dans la Zeitschrift für Vœlkerpsychologie und Sprachwissenschaft, t. V, 1868, p. 63, l'analyse donnée par M. F. Liebrecht, d'après un livre anglais de M. H. Bleek), un tailleur se plaint au singe de ce que la souris mange ses habits. Le singe envoie le chat mordre la souris; puis le chien mordre le chat, le bâton battre le chien, le feu brûler le bâton, l'eau éteindre le feu, l'éléphant boire l'eau, et enfin la fourmi piquer l'éléphant, qui se décide alors à boire l'eau, etc.

Le conte ou plutôt l'espèce de chanson kabyle (J. Rivière, p. 137) est ainsi conçu: «Viens, petit enfant, tu dîneras.—Je ne dînerai pas.—Viens, bâton, tu frapperas l'enfant.—Je ne le frapperai pas.—Viens, feu, tu brûleras le bâton.—Je ne le brûlerai pas.—Viens, eau, tu éteindras le feu.—Je ne l'éteindrai pas.—Viens, bœuf, tu boiras l'eau.—Je ne la boirai pas.—Viens, couteau, tu égorgeras le bœuf.—Je ne l'égorgerai pas.—Viens, forgeron, tu briseras le couteau.—Je ne le briserai pas.—Viens, courroie, tu lieras le forgeron.—Je ne le lierai pas.—Viens, rat, tu rongeras la courroie.—Je ne la rongerai pas.—Viens, chat, tu mangeras le rat.—Apporte-le ici.—Pourquoi me manger? dit alors le rat, apporte la courroie, je la rongerai.—Pourquoi me ronger? dit la courroie, amène le forgeron, je le lierai..... Pourquoi me frapper? dit l'enfant (au bâton), apporte mon dîner, je le mangerai.»

Voici maintenant le conte indien, emprunté à la Bombay Gazette par la Calcutta Review (t. LI, 1870, p. 116): «Il était une fois un petit oiseau qui, en passant à travers les bois, ramassa un pois et le porta au barbhunja (?) pour le casser; mais le malheur voulut qu'une moitié du pois restât engagée dans l'emboîture de la manivelle du moulin à bras, et le barbhunja ne put parvenir à la retirer. Le petit oiseau s'en alla trouver le charpentier et lui dit: «Charpentier, charpentier, venez couper la manivelle du moulin à bras: mon pois est engagé dans la manivelle du moulin à bras; que mangerai-je? que boirai-je? et que porterai-je en pays étranger?—Allez vous promener,» dit le charpentier, «y a-t-il du bon sens de penser que je vais couper la manivelle du moulin à bras à cause d'un pois?»[19].

«Alors, le petit oiseau alla trouver le roi et lui dit: «Roi, roi! grondez le charpentier; le charpentier ne veut pas couper la manivelle du moulin à bras, etc.—Allez vous promener,» dit le roi; «pensez-vous que pour un pois je vais gronder le charpentier?»

«Alors le petit oiseau alla trouver la reine: «Reine, reine! parlez au roi; le roi ne veut pas gronder le charpentier, etc.—Allez vous promener,» dit la reine; «pensez-vous que pour un pois je m'en vais parler au roi?»

Le petit oiseau va ensuite trouver successivement le serpent, pour piquer la reine; le bâton, pour battre le serpent; le feu, pour brûler le bâton; la mer, pour éteindre le feu; l'éléphant, pour boire la mer; le bhaunr (sorte de liane), pour enlacer l'éléphant; la souris, pour ronger le bhaunr; le chat, pour manger la souris[20]. Alors le chat va pour manger la souris, et la souris va pour ronger le bhaunr, le bhaunr pour enlacer l'éléphant, et ainsi de suite, jusqu'au charpentier. «Et le charpentier retira le pois; le petit oiseau le prit et s'en alla bien content.»

Un autre conte indien, recueilli dans le Pandjab (Steel et Temple, pp. 209 et 334), a la même série de personnages, avec une introduction du même genre. Ici c'est une graine qui s'est logée dans la fente d'un arbre[21].

Ces deux contes indiens se relient, comme on voit, au second groupe que nous avons signalé plus haut, groupe qui se distingue, par toute la fin, de celui dont se rapproche le chant juif. Nouvelle preuve que ce n'est pas dans ce chant juif qu'il faut chercher l'origine du thème que nous étudions.

D'ailleurs, l'idée de ce thème est tout indienne. C'est celle du conte bien connu du Pantchatantra, où le soleil renvoie le brahmane au nuage, qui est plus fort que lui; le nuage au vent; celui-ci à la montagne, et la montagne au rat (Pantchatantra, trad. Th. Benfey, t. II, p. 264.—Cf. La Fontaine, Fables, liv. IX, 7)[22]. Cela est si vrai que, dans un conte provençal (Romania, t. I, p. 108), à la série de personnages du Pantchatantra vient se juxtaposer celle de notre thème. La glace d'une rivière ayant coupé la patte à la fourmi, la mouche, compagne de celle-ci, interpelle d'abord la glace, le soleil, le nuage, le vent, la muraille, le rat, et ensuite le chat, le chien, le bâton, le feu, l'eau, le bœuf, l'homme, la mort. (Comparer le conte portugais nº 2 de la collection Coelho.)

Ajoutons que, dans un conte swahili de l'île de Zanzibar (Steere, p. 287 seq.), on retrouve presque exactement la série des personnages du conte provençal et du conte portugais. Voici ce conte swahili: Il y avait un maître d'école, nommé Goso, qui apprenait aux enfants à lire sous un calebassier. Un jour, une gazelle, étant montée sur l'arbre[23], fait tomber une calebasse qui frappe Goso et le tue. Après avoir enterré leur maître, les écoliers déclarent qu'ils vont chercher, pour le tuer, celui qui a fait tomber la calebasse. Ils se disent d'abord que ce doit être le vent du sud. Ils le prennent donc et le battent. Quand le vent sait ce dont il s'agit, il leur dit: «Si j'étais le maître, serais-je arrêté par un mur de terre?» Le mur dit à son tour aux écoliers: «Si j'étais le maître, serais-je percée par le rat?—Et moi», dit le rat, «serais-je mangé par le chat?» Le chat dit qu'il est lié par la corde; la corde, qu'elle est coupée par le couteau; le couteau, qu'il est brûlé par le feu; le feu, qu'il est éteint par l'eau; l'eau, qu'elle est bue par le bœuf; le bœuf, qu'il est piqué par un certain insecte; enfin, l'insecte, qu'il est mangé par la gazelle. La gazelle, interrogée par les écoliers, ne répond rien. Ils la prennent alors et la tuent.

NOTES:

[15] Un conte espagnol, publié pur M. Antonio Machado y Alvares dans la revue la Enciclopedia (Séville, livraison du 30 octobre 1880, p. 629), a une introduction analogue à celle du conte portugais: Une petite fille achète des pois grillés; pendant qu'elle les mange à une fenêtre donnant sur le jardin du roi, le dernier de ses pois tombe près d'un poirier. La petite fille ne pouvant le retrouver, dit au jardinier d'arracher le poirier, pour qu'elle puisse chercher son pois. Comme il refuse, elle dit au chien de le mordre, puis au taureau de donner un coup de corne au chien, au lion de tuer le taureau, au roi d'envoyer tuer le lion, et enfin, à la reine de se fâcher contre le roi. La reine y consent, et alors, pour avoir la paix, le roi envoie des gens pour tuer le lion, etc. Cette série, qui n'est pas sans analogie avec la série préliminaire du conte portugais, ne se trouve, croyons-nous, nulle part en dehors de ce conte espagnol.

[16] Ces manuscrits ne remontent pas au delà de la fin du XVIe siècle.

[17] Nous croyons intéressant de reproduire ici une version provençale, mêlée d'hébreu, de ce même chant, qui se transmet traditionnellement chez les juifs du midi de la France (Chansons hébraïco-provençales des Juifs comtadins, réunies et transcrites par E. Sabatier. Nîmes, 1874, p. 7):