Le pêcheur fit ce que lui avait dit la reine des poissons, et, le lendemain, étant allé dans le jardin, il trouva sous le rosier trois garçons déjà grands; il trouva trois chiens sous la chienne, et trois poulains sous la jument. Dans le cas où il arriverait malheur aux jeunes garçons, une rose devait tomber du rosier.
Un jour, l'aîné prit avec lui les trois chiens et se mit en route. Etant arrivé dans un village, il vit tout le monde en pleurs; il demanda ce qui était arrivé. On lui dit qu'une princesse allait être dévorée par une bête à sept têtes. Le jeune homme se fit indiquer l'endroit où l'on avait conduit la princesse; il la trouva qui pleurait près d'une fontaine. «Qu'avez-vous, ma princesse?» lui demanda-t-il.—«Hélas!» dit-elle, «je vais être dévorée par une bête à sept têtes.—Si je pouvais vous délivrer?» dit le jeune homme. «Pour moi, je ne crains rien, je n'ai pas d'âme à sauver[27].»
La bête à sept têtes arriva bientôt. Le jeune homme, qui avait amené ses trois chiens, lança contre la bête le premier, nommé Brise-Vent. Après avoir combattu longtemps, Brise-Vent abattit trois têtes à la bête. «Je m'en vais,» dit-elle, «mais je reviendrai demain.»
Le lendemain, le jeune homme se rendit encore à la fontaine. «Oh!» dit la bête, «il est donc toujours ici!» Le jeune homme lança contre elle le second de ses chiens, Brise-Fer, qui lui abattit encore trois têtes. «Remettons la partie à demain,» dit-elle.
Le jour suivant, le jeune homme lança contre elle son troisième chien, Brise, qui n'était pas si fort que les autres, mais il n'y avait plus qu'une tête à abattre, et il l'abattit.
Quand la bête fut morte, la princesse invita le jeune homme à venir avec elle chez le roi son père; mais il refusa et s'en retourna chez lui.
Le roi fit publier à son de caisse que celui qui avait délivré la princesse vînt se présenter au château avec les sept têtes de la bête. Le plus jeune des trois frères aurait bien voulu les avoir; mais l'aîné les cacha et en fit faire de pareilles en bois. Le plus jeune prit celles-ci et les porta au roi, qui, voyant que ce n'étaient pas les vraies têtes, entra dans une grande colère et fit jeter le jeune homme en prison, disant qu'il serait pendu le lendemain.
Cependant le second des trois frères était allé se promener au jardin; il vit une rose tombée du rosier. «Il est arrivé malheur à mon frère,» se dit-il. Aussitôt il alla trouver le roi. «Que viens-tu faire ici?» lui dit le roi.—«Je viens pour délivrer mon frère.» Le roi ordonna qu'on le mît en prison lui-même, et qu'on le pendît le lendemain.
Une rose tomba encore du rosier. «Il faut,» se dit l'aîné, «qu'il soit arrivé malheur à mes deux frères.» Il prit les sept têtes et les sept langues de la bête et se rendit au château. «Que viens-tu faire ici?» lui demanda le roi.—«Je viens pour délivrer mes frères. Voici les sept têtes et les sept langues de la bête.—C'est bien,» dit le roi; «à cause de toi je leur ferai grâce, et tu épouseras ma fille.»
Le jeune homme épousa donc la princesse, et ses frères se marièrent avec deux dames d'honneur. Les parents ne furent pas oubliés, et tout le monde fut heureux.