A peine fut-elle sortie, que la petite fille ouvrit la porte de la chambre où il lui était défendu d'entrer. Voyant un bénitier d'or, elle y trempa les doigts et les porta à son front; aussitôt ses doigts et son front furent tout dorés. Elle se mit un bandeau sur le front et des linges aux doigts.

Bientôt la Sainte-Vierge revint. «Eh bien!» dit-elle à l'enfant, «êtes-vous entrée dans la chambre où je vous ai défendu d'aller?—Non, ma marraine.—Si vous ne dites pas la vérité, vous aurez à vous en repentir.—Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

Il arriva, dans la suite, que la jeune fille épousa un roi. Le premier enfant qu'elle mit au monde disparut aussitôt après sa naissance, et, son mari lui ayant demandé ce qu'il était devenu, elle ne put le lui dire. Le roi, furieux, sortit en menaçant la reine de la faire mourir.

Tout à coup, la Sainte-Vierge parut devant elle et lui dit: «Etes-vous entrée dans la chambre?—Non, ma marraine.—Si vous me dites la vérité, je vous rendrai votre enfant.—Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

Au bout d'un an, la reine eut un second enfant, qui disparut comme le premier. Le roi, encore plus furieux que la première fois, dit qu'il voulait absolument savoir où étaient les enfants; la reine ne répondit rien. Un instant après, la Sainte-Vierge parut devant elle et lui dit: «Ma fille, êtes-vous entrée dans la chambre?—Non, ma marraine.—Si vous me dites la vérité, je vous rendrai vos deux enfants.—Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

La reine ayant mis au monde un troisième enfant, le roi aposta des gardes pour voir ce qui se passerait. Tout à coup on entendit au dehors une musique si agréable que tout le monde y courut; or, cette musique s'était fait entendre par l'ordre de la Sainte-Vierge, qui enleva l'enfant pendant qu'il n'y avait plus personne dans la chambre. Le roi, outré de colère, déclara que, pour le coup, il allait faire dresser un bûcher et que sa femme y serait brûlée vive.

La Sainte-Vierge se présenta une troisième fois devant la reine. «Ma fille,» lui dit-elle, «êtes-vous entrée dans la chambre?—Non, ma marraine.—Dites-moi la vérité et je vous rendrai vos trois enfants.—Non, ma marraine, je n'y suis point entrée.»

On conduisit la reine au bûcher. Au moment d'y monter, elle vit encore la Sainte-Vierge, qui lui dit: «Si vous me dites la vérité, je vous rendrai vos trois enfants.—Non, je n'y suis point entrée.» La Sainte-Vierge lui apparut de nouveau pendant qu'elle montait; elle persista à dire non; mais, quand elle se vit en haut du bûcher, le cœur lui manqua, et elle avoua.

La Sainte-Vierge la fit alors descendre du bûcher et lui rendit ses enfants. Depuis ce temps, la reine vécut heureuse avec son mari.