[33] L'hôtellerie de la princesse se trouve encore dans un conte allemand (Wolf, pp. 154, 158) et dans un conte sicilien (Pitrè, II, p. 34), de types tout différents.
XLI
LE PENDU
Il était une fois un homme qui avait cinq ou six enfants. Un jour qu'une de ses filles était malade, il voulut aller à la foire; il dit à ses enfants: «Que voulez-vous que je vous rapporte de la foire?—Un mouchoir,» dit l'un.—«Des souliers,» dit l'autre.—«Moi, une robe.—Moi, une robe aussi.—Et toi, ma pauvre malade?—Mon père, je voudrais de la viande pour me guérir.»
Arrivé à la foire, le père acheta les robes, le mouchoir, les souliers qu'il avait promis à ses enfants, mais il oublia la viande que sa fille malade lui avait demandée; il ne s'en aperçut qu'en retournant à la maison. «Quel malheur!» se dit-il, «c'était ce qui pressait le plus.»
A la nuit tombante, traversant une forêt, il lui sembla voir des pendus; comme il ne distinguait pas bien, il s'approcha et s'assura qu'en effet c'étaient des pendus. Il coupa une cuisse à l'un d'eux et revint à la maison. Il donna à ses enfants ce qu'il avait acheté pour eux et dit à la malade: «Tiens, mon enfant, voici de la viande pour toi.—Oh! la belle viande!» dit la jeune fille. On en fit du bouillon, qu'elle trouva excellent.
Sur le soir, la malade vit entrer dans sa chambre un homme qui n'avait qu'une cuisse. «Vous avez ma cuisse,» lui dit-il, «vous avez ma cuisse!—Que voulez-vous dire?» demanda-t-elle.—«Vous le saurez un autre jour.»
Le lendemain, l'homme revint encore. «Où donc est votre cuisse?» demanda la jeune fille.—«MAIS C'EST TOI QUI L'AS MANGÉE!»
A ces mots, il disparut. La jeune fille demanda à son père si l'homme avait dit vrai; il fut bien forcé de l'avouer. Vous pensez si la pauvre enfant fut épouvantée!