«Maintenant,» dit le roi à sa fille, «tu n'as plus besoin d'aller aux champs.» La princesse répondit: «J'irai conduire mon troupeau le matin, et le soir j'irai le rechercher.—C'est au mieux,» dit le roi; «le matin et le soir il fait frais aux champs; ainsi le soleil ne te gâtera pas le teint.»

Tous les jours le roi donnait au petit berger de la viande et une bouteille de vin. La princesse, un matin, conduisit le petit berger dans une belle plaine, près d'un petit bois. «Gardez-vous bien d'entrer dans ce bois,» lui dit-elle; «il y a là trois géants.—Je n'y entrerai pas, ma princesse,» répondit-il.

Mais elle ne fut pas plus tôt partie qu'il entra dans le bois; il avait tiré de sa poche un petit couteau de deux sous à sifflet, et sifflait joyeusement. Tout à coup, il vit venir un géant tout vêtu d'acier qui lui cria: «Que viens-tu faire ici, drôle?—Je me promène en gardant les moutons du roi.» Le géant tourna autour de lui. «Qu'as-tu donc sur le dos?» lui demanda-t-il.—«C'est une gibecière,» répondit le berger; «j'ai dedans du pain, de la viande et du vin. En veux-tu?» Le géant accepta. Après avoir mangé toutes les provisions du berger, il prit la bouteille et la vida d'un trait. Il n'eut pas plus tôt bu qu'il se laissa aller à terre et s'endormit: les géants ne sont pas habitués à boire du vin. Aussitôt le petit berger lui enfonça son couteau dans la gorge. Ensuite il fit le tour du bois et trouva une maison toute d'acier; il y entra: dans l'écurie était un cheval d'acier; dans les chambres, chaises, tables, cuillers, fourchettes, tout était d'acier. C'était la maison du géant.

Le soir, quand la princesse arriva, le petit berger était revenu dans la prairie. Elle lui demanda; «Etes-vous entré dans le bois?—Non, ma princesse.—Tant mieux; j'étais en peine de vous.—Ah!» dit-il, «ma princesse, qu'il faisait chaud aujourd'hui! J'ai eu bien soif.—Si vous n'avez pas eu assez d'une bouteille,» dit la princesse, «demain vous en aurez deux: une de mon père, comme à l'ordinaire, et une que je vous donnerai; mais n'en dites rien à mon père.»

Le lendemain, la princesse le conduisit encore dans la plaine et lui défendit d'aller dans le petit bois; mais, comme la veille, dès qu'il l'eut perdue de vue, il y entra en sifflant dans son sifflet. Cette fois, il rencontra un géant tout vêtu d'argent, qui lui dit: «Que viens-tu faire ici, drôle?—Je me promène,» répondit le berger. «Quoique tu sois plus gros et plus grand que moi, tu ne me fais pas peur.». Le géant tourna autour de lui et lui demanda: «Qu'as-tu donc sur le dos?—C'est une gibecière; il y a dedans du pain, de la viande et du vin. As-tu faim?—Oui, je mangerais bien un morceau.» Le berger lui donna son dîner, puis il lui présenta une de ses bouteilles, que le géant vida d'un trait. L'autre bouteille y passa également, et le géant s'endormit. Alors le berger lui enfonça son couteau dans la gorge. Il fit ensuite le tour du bois et vit une maison toute d'argent: dans l'écurie était un cheval d'argent; dans les chambres, chaises, tables, assiettes, cuillers, fourchettes, tout était d'argent. C'était la maison du géant.

En arrivant le soir, la princesse dit au berger: «Etes-vous entré dans le petit bois?—Non, ma princesse.—Vous avez bien fait.—Ah!» dit-il, «ma princesse, qu'il a fait chaud aujourd'hui!—Demain,» dit-elle, «je vous donnerai deux bouteilles; avec celle que mon père vous donnera, cela fera trois bouteilles. Mais surtout, n'en dites rien.»

La princesse conduisit, le jour suivant, le petit berger dans la même plaine et lui défendit d'entrer dans le bois; mais, aussitôt qu'elle eut le dos tourné, il y entra en sifflant dans son sifflet. Il eut à peine fait quelques pas qu'il se trouva en face d'un géant tout vêtu d'or. «Que viens-tu faire ici, drôle?—Je me promène.» Le géant tourna autour de lui. «Qu'as-tu donc sur le dos?—C'est une gibecière: il y a dedans du pain, de la viande et du vin. As-tu faim?—Oui, j'ai faim.—Eh bien! mange.» Quand le géant eut mangé, le berger lui donna une bouteille, qu'il vida d'un trait. «En veux-tu une autre?» lui demanda le berger.—«Oui.—En veux-tu une troisième?—Oui.—En veux-tu une quatrième?—Mais tu en as donc un tonneau?—Oh! bien,» dit le berger, qui n'en avait plus, «je la garde pour quand tu auras encore soif.» Le géant une fois endormi, le petit berger lui enfonça son couteau dans la gorge, puis il fit le tour du bois et vit une maison toute d'or: dans l'écurie était un cheval d'or; dans les chambres, chaises, tables, assiettes, cuillers, fourchettes, tout était d'or. C'était la maison du géant.

Cependant le roi, qui voulait marier sa fille, fit préparer trois pots de fleurs: plusieurs seigneurs devaient combattre à qui gagnerait ces pots de fleurs et épouserait la princesse. Celle-ci dit au petit berger: «Venez demain, à neuf heures, et tâchez de gagner le prix.»

Le petit berger promit de venir. Le lendemain, en effet, il s'habilla tout d'acier, de sorte que personne ne le reconnut. «Ah! le beau seigneur!» disait le roi, «je voudrais bien qu'il eût ma fille.» Mais la princesse pleurait, ne voyant pas venir son berger. Après avoir combattu longtemps, le berger gagna un pot de fleurs, ce dont le roi fut enchanté.

Le soir, quand la princesse vit le berger, elle lui dit tout affligée: «Pourquoi n'êtes-vous pas venu?—La chaleur m'avait rendu malade.—Ah!» dit la princesse, «vous n'êtes pas bien ici; vous dépérissez.» Durant les trois jours qu'il avait rencontré les géants, il n'avait ni bu ni mangé.—«Je tâcherai d'y aller demain,» répondit-il.