A la nuit tombante, nos compagnons arrivèrent dans un bois. «Voyons,» dit le chat, «qui sera le plus tôt à ce grand arbre-là.» Ils se mirent tous à courir, mais le chat fut le premier à l'arbre; il y grimpa, et, regardant de tous côtés, il dit aux autres: «Je vois là-bas une clarté: c'est bien loin d'ici, il nous faut jouer des jambes.» Ils se remirent donc en route et arrivèrent près d'une maison habitée par des voleurs.

«Or ça,» dit le chat, «voici ce que nous allons faire: l'âne se placera ici, au bas de cette fenêtre; le bouc montera sur l'âne, le mouton sur le bouc, le chien sur le mouton et le coq sur le chien, et nous sauterons tous par la fenêtre.»

Aussitôt fait que dit: le chat sauta par la fenêtre, et, après lui, tous ses compagnons, avec un bruit épouvantable. Les voleurs, qui étaient couchés, se réveillèrent en sursaut, se disant les uns aux autres: «Qu'est-il arrivé?—Je vais me lever,» dit l'un d'eux, «et aller voir ce que c'est.»

Cependant le chat s'était blotti dans les cendres du foyer, le coq s'était mis dans le seau, le chien dans la maie à pain, le mouton derrière la porte, le bouc dans le lit et l'âne devant la porte, sur le fumier. Le voleur, s'étant levé, s'approcha de la cheminée pour allumer une allumette: le chat lui égratigna la main. Il courut au seau pour y prendre de l'eau: le coq lui donna un coup de bec. Il alla chercher un balai derrière la porte: le mouton lui donna un coup de pied. Il voulut se jeter dans le lit, car il avait la fièvre de peur: le bouc lui donna de ses cornes dans le ventre. Il ouvrit la maie à pain: le chien lui mordit la main. Il sortit devant la porte: l'âne lui donna un grand coup de pied dans le dos. Après quoi, les animaux quittèrent la maison.

Le lendemain matin, le voleur qui avait été si maltraité raconta son aventure à ses compagnons en s'en allant avec eux par la forêt: «Je me suis approché du foyer,» dit-il; «il y avait là un charbonnier qui m'a raclé la main avec sa harque[36]. J'ai voulu prendre de l'eau dans le seau: il y avait là un cordonnier qui m'a donné un coup de son alène. Je suis allé derrière la porte: il y avait là un charpentier qui m'a donné un coup de son maillet. Je me suis jeté dans le lit: il y avait là un diable qui m'a donné un grand coup de tête dans le ventre. J'ai ouvert la maie à pain: il y avait là un boulanger qui m'a pris la main avec sa manique[37]. Enfin, je suis allé devant la porte: il y avait là un grand ours qui m'a donné un grand coup dans le dos.»

Voilà ce que raconta le voleur à ses compagnons. Moi, je marchais derrière eux et je suis vite revenu à la maison.

NOTES:

[36] Outil de charbonnier.

[37] Espèce de gant de cuir dont se servent certains ouvriers.