Il fallut bien alors que l'homme conduisît lui-même sa chèvre aux champs. Quant il la crut rassasiée, il lui dit: «Eh bien! ma petite biquette, as-tu assez mangé?—Ah!» dit la chèvre,
«Je suis soûle et moule,
J'ai assez de lait dans ma toule.»
Rentré à la maison, il lui demanda encore si elle avait bien mangé. «Ah!» dit la chèvre,
«Je ne suis ni soûle ni moule,
Je n'ai point de lait dans ma toule.»
Et, en disant ces mots, elle sauta sur l'homme et le tua. Elle devint ainsi la maîtresse du logis.
NOTES:
[41] Nous ne nous chargeons pas de donner l'origine philologique des mots moule et toule, qui nous ont l'air d'avoir été forgés pour rimer avec le mot soûle. Au moins ne s'en sert-on jamais dans l'usage ordinaire du patois.
[42] Dans la forme originale de ce conte, le même récit revient huit fois de suite. Nous faisons grâce au lecteur de cette plaisanterie par trop prolongée.