Le roi vint à leur rencontre: «Bonjour, ma tante.—Bonjour, mon neveu.» Il ne cessait de regarder la plus belle des deux enfants. «Voici deux belles petites filles,» dit-il. «Laquelle est ma sœur?—C'est celle-ci,» dit la tante en montrant sa fille.—«Et cette enfant-là?—C'est ma fille,» répondit-elle. «Il faudra la faire travailler.—Oh!» dit le roi, «quelle besogne donner à une enfant?—Si vous n'avez point d'ouvrage à lui donner, je m'en retourne demain.—Eh bien! elle pourra garder les dindons.»
Le soir, la tante ne donna rien à manger à la pauvre enfant et la fit coucher à l'écurie sur un peu de paille. Le lendemain, elle lui donna un morceau de pain, sec comme allumette, fait d'orge et d'avoine, où elle avait mis du poison. Voilà la petite fille partie avec les dindons; elle arrive dans un champ.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà un jour que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé.»
Les dindons ne mangeaient pas le pain: ils sentaient bien qu'il y avait du poison. A la fin de la journée, l'enfant revint bien crottée, bien mouillée, et alla se coucher à l'écurie auprès de l'âne.
La tante, l'ayant vue, dit au roi qu'il fallait tuer cet âne. «Vous voulez que l'on tue cette pauvre bête qui vient de nos parents!—Si vous ne le faites pas, je ne resterai pas ici plus longtemps.» Le roi fit donc tuer l'âne, et l'on cloua la tête à la porte de la grange.
Cependant, la petite fille était partie aux champs avec les dindons: sa tante lui avait donné un morceau de pain comme la veille; elle était bien triste et mourait de faim.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà deux jours que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé.»
Le lendemain, sa tante lui donna encore un morceau de pain d'orge et d'avoine, où il y avait de la paille et du poison, et elle retourna aux champs avec les dindons. Le roi s'était caché derrière un arbre pour écouter ce qu'elle dirait.
«Venez, mes petits dindons, venez manger le pain que l'on m'a donné pour mon déjeuner. Voilà déjà trois jours que je suis arrivée chez le roi mon frère, et je n'ai ni bu ni mangé. Ah! si le roi mon frère savait comme je suis traitée!»
«Venez, ma mie,» s'écria le roi, «je suis votre frère.» Il la prit dans ses bras et la ramena au château. Puis il commanda à six hommes de dresser un grand tas de fagots et y fit brûler sa tante. La fille de celle-ci devint femme de chambre de la jeune princesse, et ils vécurent tous heureux.