Quand il eut son pois, il s'en alla chez le voisin et lui dit: «Voulez-vous me loger, moi et mon pois?—Nous logerons bien votre pois; mais vous, nous ne vous logerons pas.—Eh bien! logez mon pois; moi, j'irai ailleurs.»
On mit le pois sur le dressoir; mais il arriva qu'une poule sauta sur le dressoir et avala le pois. «Bon!» dit la femme, «voilà le pois mangé! que va dire cet homme?—Il dira ce qu'il voudra,» répondit le mari.
Bientôt après, l'homme revint. «Bonjour, madame.—Bonjour, monsieur.—Voulez-vous me rendre mon pois?—Votre pois? je ne peux vous le rendre: une poule l'a mangé.—Madame, rendez-moi mon pois, madame, rendez-moi mon pois, ou bien j'irai à Paris.—Allez où vous voudrez; je ne puis vous le rendre.—Eh bien! donnez-moi votre poule.—Une poule pour un pois!—Madame, donnez-moi votre poule, madame, donnez-moi votre poule, ou bien j'irai à Paris.» Il le répéta tant de fois qu'à la fin la femme, impatientée, lui dit: «Tenez, prenez ma poule, et qu'on ne vous revoie plus.»
L'homme partit et entra dans une autre maison: «Pouvez-vous me loger, moi et ma poule?—Nous logerons bien votre poule; mais vous, nous ne vous logerons pas.—Eh bien! logez ma poule; moi, j'irai ailleurs.»
On mit la poule dans l'écurie; mais, pendant la nuit, une truie, qui était renfermée à part dans un coin de l'écurie, s'échappa et mangea la poule.
Le lendemain matin, l'homme revint. «Bonjour, madame.—Bonjour, monsieur.—Je viens chercher ma poule.—Votre poule? J'en suis désolée; nous l'avions mise dans l'écurie; la truie s'est échappée la nuit et l'a mangée.—Madame, rendez-moi ma poule, madame, rendez-moi ma poule, ou bien j'irai à Paris.—Allez où il vous plaira; je ne puis vous la rendre.—Eh bien! donnez-moi votre truie.—Comment! une truie pour une poule!—Madame, donnez-moi votre truie, madame, donnez-moi votre truie, ou bien j'irai à Paris.—Tenez, prenez-la donc, et débarrassez-nous de votre présence.»
En sortant de là, l'homme entra dans une auberge. «Pouvez-vous me loger, moi et ma truie?—Nous logerons bien votre truie; mais vous, nous ne vous logerons pas.—Eh bien! logez ma truie; moi, j'irai ailleurs.»
On mit la truie dans l'écurie: un jeune poulain qui se trouvait là se détacha pendant la nuit et vint près de la truie; la truie voulut lui mordiller les jambes, le poulain rua et tua la truie. «Hélas!» dit la femme, «qu'allons-nous faire? fallait-il nous embarrasser de cette truie?»
Le lendemain, l'homme revint. «Bonjour, madame.—Bonjour, monsieur.—Où est ma truie?—Votre truie? notre poulain l'a tuée; la voilà. Emportez-la si vous voulez; je ne puis vous la rendre en vie.—Madame, rendez-moi ma truie, madame, rendez-moi ma truie, ou bien j'irai à Paris.—Allez où vous voudrez; ce n'est pas ma faute si votre truie a mordu notre poulain.—Eh bien! donnez-moi votre poulain.—Un poulain pour une truie!—Madame, donnez-moi votre poulain, madame, donnez-moi votre poulain, ou bien j'irai à Paris.—Prenez-le donc, et partez vite, car vous me rompez la tête.»
L'homme continua son chemin et entra dans une autre auberge. «Pouvez-vous me loger, moi et mon poulain?—Nous logerons bien votre poulain; mais vous, nous ne vous logerons pas.—Eh bien! logez mon poulain; moi, j'irai ailleurs.»