Chemin faisant, Julie rencontra Firosette, qui lui dit: «Julie, où allez-vous?—Je vais porter une lettre à votre tante, qui demeure à Effincourt.—Ecoutez ce que je vais vous dire,» reprit Firosette. «En entrant chez ma tante, vous trouverez le balai les verges en haut; vous le remettrez comme il doit être. Ma tante vous présentera une boîte de rubans et vous dira de prendre le plus beau pour vous en faire une ceinture. Prenez-le, mais gardez-vous bien de vous en parer. Quand vous serez dans les champs, vous le mettrez autour d'un buisson, et vous verrez ce qui arrivera.»
En entrant chez la fée, la jeune fille lui dit: «Madame, voici une lettre que madame votre sœur vous envoie.» La sœur de la fée lut la lettre, puis elle dit à Julie: «Voyons, ma fille, que pourrais-je bien vous donner pour votre peine? Tenez, voici une boîte de rubans: prenez le plus beau et faites-vous-en une ceinture; vous verrez comme vous serez belle.» Julie prit le ruban et s'en retourna. Lorsqu'elle fut à Gerbaux[93], elle mit le ruban autour d'un buisson; aussitôt le buisson s'enflamma.
Quand elle fut de retour, la fée lui dit: «Ah! Julie, mon Firosette t'a conseillée!—Oh! non, madame, je ne l'ai pas même vu; je me soucie bien de votre Firosette et de votre Firosettan!» Elle ne voulait pas laisser voir qu'elle l'aimait.
Un soir, on fit coucher la vieille cambine au chevet d'un lit, et Julie à l'autre bout, avec des chandelles entre les dix doigts de ses pieds. Au milieu de la nuit, la fée, qui était dans la chambre d'en haut, se mit à crier: «Mon Firosette, dois-je féer[94]?—Non, ma mère, encore un moment.» Puis il dit à la vieille: «N'allez-vous pas prendre la place de cette pauvre fille?»
La fée cria une seconde fois: «Mon Firosette, dois-je féer?—Non, non, ma mère, encore un moment.» Et il dit encore à la vieille: «N'allez-vous pas prendre la place de cette pauvre fille?»
La fée cria une troisième fois: «Mon Firosette, dois-je féer?» Et Firosette dit une troisième fois à la vieille: «N'allez-vous pas prendre la place de cette pauvre fille?»
La vieille fut bien obligée de céder et de mettre les chandelles entre les dix doigts de ses pieds. Aussitôt Firosette cria: «Oui, oui, ma mère, féez vite.—Je veux,» dit alors la fée, «que celle qui a les chandelles entre les dix doigts de ses pieds soit changée en cane, pour que je la mange à mon déjeuner.» Au même instant, la vieille se trouva changée en cane, sauta en bas du lit et se mit à marcher tout autour de la chambre: can can can can.
Lorsque la fée vit qu'elle s'était trompée, elle entra dans une si grande colère qu'elle tomba morte.
NOTES:
[91] Cambine, boiteuse.