Il y eut donc un Dieu. Ce Dieu conduisait le monde. Tout se faisait par acte de sa volonté. Il avait donné des lois écrites... et l'empire des prêtres commença, empire qui probablement ne finira jamais.
Que l'homme donc soit dégradé, triste vérité! Mais que l'état de société ne soit légitime, c'est ce dont l'on ne peut disconvenir. Le silence des hommes là-dessus est une approbation tacite que rien ne peut démentir. Vous avez vingt ans, monsieur, choisissez: ou renoncez à votre rang, à votre fortune, et quittez un monde que vous détestez, ou, vous inscrivant dans le nombre des citoyens, soumettez-vous à ses lois. Vous jouissez des avantages du contrat, serez-vous infidèle aux autres clauses? Ce ne serait pas vous croire honnête homme que d'en douter. Vous devez donc être attaché à un État qui vous procure tant de bien-être et procurant à la fois de faire un digne usage des avantages qu'il vous a accordés, vous devez rendre heureux le peuple au-dessus duquel vous êtes et faire prospérer la société qui vous a distingué. Pour cela faire, il faut que, guidé toujours par le flambeau de la raison, vous puissiez balancer avec équité les droits des hommes à qui vous vous devez. Pour cela faire, il faut que, prêt à tout entreprendre pour le service de l'État, vous soyez soldat, homme d'affaires, courtisan même si l'intérêt du peuple et de votre nation le demande. Ah! que votre récompense sera douce! Défiez alors les malignes vapeurs de la calomnie, de la jalousie! Défiez hardiment le temps même! Vos membres décrépits ne seront plus qu'une image imparfaite de ce qu'ils furent jadis et ils attireront cependant le respect de tous ceux qui vous approcheront. L'un racontera dans sa cabane le soulagement que vous lui avez accordé. L'autre, en faisant le récit des complots des méchants, dira: «S'il ne fût venu à mon secours, j'eusse péri du supplice des criminels.» Chevalier, cesse de restreindre cette âme altière et ce cœur jadis si fier à une sphère aussi étroite. Toi, aux genoux d'une femme! Fais plutôt tomber aux tiens les méchants confondus! Toi, mépriser les peines des hommes! Sentiment d'honneur, subjugue-le plutôt! Estimé par tes semblables, respecté, aimé par tes vassaux, la mort viendra t'enlever au milieu des pleura de ceux qui t'entoureront, après avoir coulé une vie douce, oracle de tes proches et père de tes vassaux.
Des Mazis.—Je ne vous entends pas. Comment, monsieur, mon amour pourrait-il m'empêcher de suivre le plan que vous venez de tracer? Quelle idée vous êtes-vous donc faite d'Adélaïde?
Adélaïde, s'il faut pour remplir ces devoirs soulager les malheureux; s'il faut pour être vertueux aimer sa patrie, les hommes, la société, qui plus qu'elle est vertueuse? Croyez-vous que je faisais le bien avec la froideur de la philosophie? Quand la volonté d'Adélaïde sera le mobile qui me conduira, lui faire plaisir la récompense... Non, monsieur, vous n'avez jamais été amoureux.
Bonaparte.—Je plains votre erreur. Quoi, chevalier, vous croyez que l'amour est le chemin de la vertu? Il vous immétrigue (emplâtrer, retenir avec du mastic) à chaque pas. Soyez sincère, depuis que cette passion fatale a troublé votre repos, avez-vous envisagé d'autre jouissance que celle de l'amour? Vous ferez donc le bien ou le mal selon les symptômes de votre passion. Mais que dis-je? Vous et la passion ne font qu'un même être. Tant qu'elle durera vous n'agirez que pour elle et, puisque vous êtes convenu que les devoirs d'un homme riche consistaient à faire du bien, à arracher de l'indigence les malheureux qui y gémissent, que les devoirs d'un homme de naissance l'obligeaient à se servir du crédit de son nom pour détruire les brigues des méchants, que les devoirs du citoyen consistaient à défendre la patrie et à concourir à sa prospérité, n'avouerez-vous pas que les devoirs d'un bon fils consistent à reconnaître en son père les obligations d'une éducation soignée, à sa mère... Non! chevalier, je me tairais si j'étais obligé de vous prouver de pareilles évidences.
LA FEMME ET LE CODE NAPOLÉON
Nous avons recherché dans le Code civil et le Code pénal ceux des articles qui se rapportent à la femme.
Par l'examen de ces articles, on pourra se rendre compte combien Napoléon souhaitait marquer la dépendance de l'épouse à l'époux. Convaincu qu'elle était faible, il la voulait protégée par le mari. Mais en lui accordant cette protection, il exigeait d'elle une absolue soumission à une discipline familiale, que d'ailleurs il souhaitait douce. Enfin, ennemi des désordres conjugaux, il frappa inégalement l'épouse et l'époux, sachant la différence de résultat d'une même faute et pour marquer, semble-t-il, le caractère grave et élevé de l'épouse, qui, à ses yeux, est surtout la Mère.