—S'en saisir! fit le veneur avec un sourire bizarre, s'en saisir!»

Et il secoua la tête d'un air mélancolique.

«Mon pauvre Fritz, dit Sperver, sans doute ton conseil est bon … mais c'est plus facile à dire qu'à faire…. Si l'on osait lui envoyer une balle … à la bonne heure … on pourrait s'en approcher assez près de temps à autre, mais le comte s'y oppose … et, quant à la prendre autrement … va donc attraper un chevreuil par la queue! Ecoute Sébalt, et tu verras!»

Le veneur, assis au bord de la table, ses longues jambes croisées, me regarda et dit:

«Ce matin, en descendant de l'Altenberg, je suivais le chemin creux du Nideck. La neige était à pic sur les bords. J'allais, ne songeant à rien, quand une trace attire mes yeux: elle était profonde, et prenait le chemin par le travers … il avait fallu descendre le talus, puis remonter à gauche. Ce n'était ni la brosse du lièvre qui n'enfonce pas, ni la fourchette du sanglier, ni le trèfle du loup: c'était un creux profond, un véritable trou.—Je m'arrête … je déblaye, pour voir le fond de la piste, et j'arrive sur la trace de la Peste-Noire!

—En êtes-vous bien sur?

—Comment, si j'en suis sûr? je connais le pied de la vieille mieux que sa figure, car moi, Monsieur, j'ai toujours l'oeil à terre … je reconnais les gens à leur trace…. Et puis un enfant lui-même ne s'y tromperait pas.

—Qu'a donc ce pied qui le distingue si particulièrement?

—Il est petit à tenir dans la main, bien fait, le talon un peu long, le contour net, l'orteil très-rapproché des autres doigts, qui sont pressés comme dans un brodequin. C'est ce qu'on peut appeler un pied admirable! Moi, Monsieur, il y a vingt ans, je serais tombé amoureux de ce pied-là. Chaque fois que je le rencontre, ça me produit une impression!… Dieu du ciel, est-il possible qu'un si joli pied soit celui de la Peste-Noire!»

Et le brave garçon, joignant les mains, se prit à regarder les dalles d'un air mélancolique.