Sperver tira son couteau de chasse, Sébalt en fit autant; ils me précédèrent dans la galerie.
Les hurlements nous guidaient vers la chambre du malade. Sperver, alors, ne disait plus rien … il pressait le pas. Sébalt allongeait ses longues jambes. Je sentais un frisson me parcourir le corps: un pressentiment nous annonçait quelque chose d'abominable.
En courant vers les appartements du comte, nous vîmes toute la maison sur pied: les gardes-chasse, les veneurs, les marmitons, allaient au hasard, se demandant:
«Qu'est-ce qu'il y a? D'où viennent ces cris?»
Nous pénétrâmes, sans nous arrêter, dans le couloir qui précède la chambre du seigneur du Nideck, et nous rencontrâmes dans le vestibule la digne Marie Lagoutte, qui seule avait eu le courage d'y entrer avant nous. Elle tenait dans ses bras la jeune comtesse évanouie, la tête renversée, la chevelure pendante, et l'emportait rapidement.
Nous passâmes près d'elle si vite, que c'est à peine si nous entrevîmes cette scène pathétique. Depuis elle m'est revenue en mémoire, et la tête pâle d'Odile retombant sur l'épaule de la bonne femme m'apparaît comme l'image touchante de l'agneau qui tend la gorge au couteau sans se plaindre, tué d'avance par l'effroi.
Enfin nous étions devant la chambre du comte.
Le hurlement se faisait entendre derrière la porte.
Nous nous regardâmes en silence, sans chercher à nous expliquer la présence d'un tel hôte; nous n'en avions pas le temps; les idées s'entrechoquaient dans notre esprit.
Sperver poussa brusquement la porte, et, le couteau de chasse à la main, il voulut s'élancer dans la chambre; mais il s'arrêta sur le seuil, immobile comme pétrifié.