La vieille ne bougeait pas plus que le montant de la cheminée taillé dans le roc … ses lèvres marmotaient je ne sais quoi!
Mon coeur galopait, ma peur redoublait de minute en minute, en raison du silence et de l'immobilité de cette apparition surnaturelle.
Cela durait bien depuis un quart d'heure, quand, le feu gagnant une brindille de sapin, il y eut un éclair: la brindille se tordit en sifflant, et quelques rayons lumineux jaillirent jusqu'au fond de la salle.
Cet éclair suffit pour me montrer la vieille revêtue d'une antique robe de brocart à fond pourpre tournant au violet et roide comme du carton; un lourd bracelet à son poignet gauche; une flèche d'or dans son épaisse chevelure grise tordue sur la nuque.
Ce fut comme une évocation des temps passés.
Cependant, la Peste ne pouvait avoir d'intentions hostiles: elle aurait profité de mon sommeil pour les exécuter.
Cette pensée commençait à me rassurer un peu, quand tout à coup elle se leva … et, lentement … lentement … s'approcha de mon lit, tenant à la main une torche qu'elle venait d'allumer.
Je m'aperçus alors que ses yeux étaient fixes, hagards….
Je fis un effort pour me lever, pour crier: pas un muscle de mon corps ne tressaillit, pas un souffle ne me vint aux lèvres!
Et la vieille, penchée sur moi, entre les rideaux, me regardait avec un sourire étrange… Et j'aurais voulu me défendre, appeler… mais son regard me paralysait, comme l'oiseau sous l'oeil du serpent.