Il mit pied à terre dans l'eau glacée, me donnant la bride de son cheval à tenir…. Un tremblement me saisit…. J'entendis dans le silence le tic tac rapide d'une carabine qu'on arme. Ce petit bruit strident me passa par tous les nerfs.
«Sperver, que vas-tu faire?
—Ne crains rien … c'est pour l'effrayer.
—A la bonne heure! mais, pas de sang! rappelle-toi ce que je t'ai dit: «La balle qui frapperait la Peste, tuerait également le comte!»
—Sois tranquille.»
Il s'éloigna sans m'écouter davantage. J'entendis le clapotement de ses pieds dans l'eau, puis je vis sa haute taille debout à l'issue de la gorge, noire sur le fond bleuâtre. Il resta bien cinq minutes immobile. Moi, penché, attentif, je regardais, m'approchant tout doucement. Comme il se retournait, je n'étais plus qu'à trois pas.
«Chut! fit-il d'un air mystérieux…. Regarde!»
Au fond de l'anse, taillée à pic comme une carrière dans la montagne, je vis un beau feu dérouler ses spirales d'or à la voûte d'une caverne, et devant le feu un homme accroupi, qu'à son costume je reconnus pour le baron de Zimmer-Blouderic.
Il était immobile, le front dans les mains, et semblait réfléchir. Derrière lui, une forme noire gisait étendue sur le sol, et, plus loin, son cheval à demi perdu dans l'ombre nous regardait l'oeil fixe, l'oreille droite, les naseaux tout grands ouverts.
Je restai stupéfait: