Là, se trouvait Sperver avec son front osseux, ses moustaches humides, ses yeux étincelants et sa chevelure grise ébouriffée; il avait à sa droite Marie Lagoutte, à sa gauche Knapwurst … une teinte rosé colorait ses joues brunies au grand air, il levait l'antique hanap d'argent ciselé, noirci par les siècles, et sur sa poitrine brillait la plaque du baudrier, car, selon son habitude, il portait le costume de chasse.
C'était une belle figure simple et joyeuse.
Les joues de Marie Lagoutte avaient de petites flammes rouges, et son grand bonnet de tulle semblait prendre la volée; elle riait, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre.
Quant à Knapwurst, accroupi dans son fauteuil, la tête à la hauteur du coude de Sperver, vous eussiez dit une gourde énorme. Puis venait Tobie Offenloch, comme barbouillé de lie de vin, tant il était rouge; sa perruque au bâton de sa chaise, sa jambe de bois en affût sous la table. Et, plus loin, la longue figure mélancolique de Sébalt, qui riait tout bas en regardant au fond de son verre.
Il y avait aussi les gens de service, les domestiques et les servantes; enfin tout ce petit monde qui vit et prospère autour des grandes familles, comme la mousse, le lierre et le volubilis au pied du chêne.
Les yeux étaient voilés de douces larmes: la vigne du Seigneur pleurait d'attendrissement!
Sur la table, un énorme jambon, à cercles pourpres concentriques, attirait d'abord les regards…. Puis venaient les longues bouteilles de vin du Rhin, éparses au milieu des plats fleuronnés, des pipes d'Ulm à chaînette d'argent et des grands couteaux à lame luisante.
La lumière de la lampe répandait sur tout cela sa belle teinte couleur d'ambre, et laissait dans l'ombre les vieilles murailles grises, où se roulaient en cercles d'or les trompes, les cors et les cornets de chasse du piqueur.
Rien de plus original que ce tableau.
La voûte chantait.