J'étais ému, j'avais peur!

Sperver ouvrit brusquement la vieille porte de chêne, et, la torche haute, les cheveux ébouriffés, la face pâle, il entra le premier. Arrivé devant le portrait d'Edwige, dont la ressemblance avec la jeune comtesse m'avait frappé lors de notre première visite à la bibliothèque, il s'arrêta et me dit d'un air solennel:

«Voici celle qui doit revenir pour consoler et pardonner!… Eh bien! elle est revenue!… Dans ce moment, elle est en bas, près du vieux…. Regarde, Fritz, la reconnais-tu?… c'est Odile!…»

Puis, se tournant vers le portrait de la seconde femme de Hugues:

«Quant à celle-là, reprit-il, c'est Huldine-la-Louve…. Pendant mille ans, elle a pleuré dans les gorges du Schwartz-Wald … et c'est elle qui est cause de la mort de mon pauvre Lieverlé … mais désormais les comtes du Nideck peuvent dormir tranquilles, car justice est faite … et le bon ange de la famille est de retour!»

POURQUOI HUNEBOURG NE PUT PAS RENDU

I

Le fort de Hunebourg, taillé dans le roc à la cime d'un pic escarpé, domine toute cette branche secondaire des Vosges qui sépare la Meurthe, la Moselle et la Bavière rhénane du bassin d'Alsace.

En 1815, le commandement de Hunebourg appartenait à Jean-Pierre Noël, ex-sergent-major aux fusiliers de la garde, amputé de la jambe gauche à Bautzen et décoré sur le champ de bataille.

Ce digne commandant était un homme de cinq pieds deux pouces, très-large des épaules et très-court sur jambes. Il avait une jolie petite bedaine, de bonnes grosses lèvres sensuelles, de grands yeux gris pleins d'énergie, de larges sourcils touffus, et le nez le plus magnifiquement fleuronné de toute la chaîne des Vosges. Un chapeau à claque, l'habit d'ordonnance à longues basques, la culotte bleue, le gilet écarlate, les souliers à boucles d'argent, composaient sa tenue invariable.