—Comment ça, Lombard?

—D'abord, le paysan est malin; il tient à garder ce qu'il a, sans s'inquiéter de l'honneur de la patrie…. Ensuite, depuis 1814, il se défie de nous….

—Vous croyez? dit Fargès d'un air de doute.

—Sergent, prenez garde à ce que je vous dis…. Les paysans ne sont pas bêtes! Ils se rappellent que l'année dernière nous avons fait un tour dans les villages, pour approvisionner les places, et je suis sûr qu'en apprenant l'invasion, la première chose qu'ils vont faire, ce sera d'aller cacher leurs bestiaux dans les forêts.»

Tout en causant de la sorte, ils gravissaient les pentes boisées du Homberg. Il était alors environ huit heures, le jour baissait à vue d'oeil, et les hautes grives, perchées sur le bouton des sapins, s'appelaient l'une l'autre, avant de plonger dans l'épaisseur des bois.

Lorsque la tête de colonne déboucha sur le plateau du Rothfels, tout couvert de buissons et de sapinettes impénétrables, la nuit était tellement noire, qu'on pouvait à peine distinguer le sentier. Fargès ordonna de faire halte.

«Je ne vois pas d'inconvénient, dit-il, à ce que chacun fume sa pipe et se livre à ses opinions individuelles … mais sous les autres rapports: motus! Il s'agit de nous remettre en voûte quand la lune se lèvera.»

Après cette improvisation, deux sentinelles furent placées, l'une du côté de la gorge, l'autre sur le versant de la montagne dominant une longue file de rochers à pic.

Les vétérans, exténués de fatigue, s'étendirent voluptueusement sur la mousse, au milieu des genêts en fleur, tandis que Fargès et Lombard, gravement assis au pied d'un arbre et le fusil entre les jambes, discutaient leur plan d'attaque.

III