Alors cet homme prononça quelques paroles inintelligibles, détacha l'ours brun et le reconduisit dans sa bauge, puis, avec toute sorte de précautions, il ouvrit la porte du réduit voisin, et saisit le bout d'une chaîne qui traînait à terre…. Un grondement formidable se fit entendre à l'intérieur…. L'homme passa rapidement la chaîne dans un anneau de la muraille et sortit en criant:

«Hé! vous autres, lâchez les chiens!»

Presque aussitôt un petit ours gris, court, trapu, la tête plate, les oreilles écartées de la nuque, les yeux rouges et l'air sinistre, s'élança de l'ombre, et, se sentant retenu, poussa des hurlements furieux. Évidemment cet ours avait des opinions philosophiques déplorables…. Il était, en outre, surexcité au dernier point par les aboiements et le bruit du combat qu'il venait d'entendre … et son maître faisait très-bien de s'en défier.

«Lâchez les chiens! criait le meneur en passant le nez par la lucarne de la grange, lâchez les chiens!»

Puis il ajouta:

«Si l'on n'est pas content … ce ne sera pas de ma faute…. Que les chiens sortent … et l'on va voir une belle bataille!»

Au même instant, le dogue de Ludwig Korb, et les deux chiens—loups du vannier Fischer de Hirschland, la queue traînante, le poil long, la mâchoire allongée et l'oreille droite, s'avancèrent ensemble dans la cour.

Le dogue, calme, la tête pesante, bâilla en se détirant les jambes et fléchissant les reins…. Il ne voyait pas encore l'ours, et semblait s'éveiller…. Mais après avoir bâillé longuement … il se retourna … vit l'ours … et resta immobile, comme stupéfait. L'ours regardait aussi, l'oreille tendue, ses deux grosses serres crispées sur le pavé, ses petits yeux étincelants comme à l'affût.

Les deux chiens-loups se rangèrent derrière le dogue.

Le silence était tel alors, qu'on aurait entendu tomber une feuille; un grondement sourd, grave, profond comme un bruit d'orage, donnait le frisson à la foule.