La porte s'ouvrit brusquement, et Karl se vit en présence d'un homme robuste, la face carrée, les yeux gris, les épaules couvertes d'une houppelande percée au coude, une hachette à la main.
Derrière ce personnage brillait la flamme de l'âtre, éclairant l'entrée d'une soupente, les marches d'un escalier de bois, les murailles décrépites, et, sous l'aile de la flamme, une jeune fille pâle, frêle, vêtue d'une pauvre robe de cotonnade brune à petits points blancs. Elle regardait vers la porte avec une sorte d'effroi; ses yeux noirs avaient une expression de tristesse et d'égarement indéfinissable.
Karl vit tout cela d'un coup d'oeil, et serra instinctivement son bâton.
«Eh bien!… entrez donc, dit l'homme, il ne fait pas un temps à tenir les gens dehors.»
Alors lui, songeant qu'il serait maladroit d'avoir l'air effrayé, s'avança jusqu'au milieu de la baraque et s'assit sur un escabeau devant l'âtre.
«Donnez-moi votre bâton et votre sac», dit l'homme.
Pour le coup, l'élève de maître Albertus tressaillit jusqu'à la moelle des os … mais le sac était débouclé, le bâton posé dans un coin, et l'hôte assis tranquillement près du foyer, avant qu'il fût revenu de sa surprise.
Cette circonstance lui rendit un peu de calme.
«Herr wirth [note: Monsieur l'aubergiste.], dit-il en souriant, je ne serais pas fâché de souper.
—Que désire monsieur à souper? fit l'autre, gravement.