—Mon Dieu non … au milieu de cette nuit profonde….
—Parbleu, c'est juste … je suis Christian…. Vous savez, Christian … qui vous apporte votre provision de tabac de contrebande tous les quinze jours!…. Mais, entrez … entrez … nous allons faire de la lumière.»
Ils passèrent alors, en se courbant, sous la petite porte basse, et le ségare ayant allumé une branche de pin, la ficha dans un piquet fendu servant de candélabre…. Une lumière blanche comme le reflet de la lune aux froides nuits d'hiver éclaira la hutte, fouillant ses recoins jusqu'à la cime du toit.
Ce Christian, en manches de chemise, la poitrine nue, le pantalon de toile grise serré autour des reins, avait l'air assez bonhomme; sa barbe jaune lui descendait en pointe jusqu'à la ceinture; sa tête large et musculeuse était couronnée d'une chevelure rousse hérissée; ses yeux gris exprimaient la franchise.
«Asseyez-vous, maître, dit-il en roulant un bloc de chêne devant la cheminée…. Avez-vous faim?
—Hé! mon garçon, tu sais que le grand air creuse l'estomac.
—Bon, vous tombez bien … tant mieux … j'ai des pommes de terre à votre service … elles sont magnifiques.»
A ce mot de pommes de terre, l'oncle Bernard ne put réprimer une grimace: il se rappelait les bons soupers de Berbel, et faisait un triste retour sur les choses de ce bas monde.
Christian n'eut pas l'air de s'en apercevoir; il tira cinq ou six pommes de terre d'un sac et les jeta dans la cendre, ayant grand soin de les couvrir, puis s'asseyant au bord de l'âtre, les jambes étendues, il alluma sa pipe.
«Mais dites donc, maître, reprit-il, comment êtes-vous ce soir à six lieues de Saverne … dans la gorge du Nideck?