—Qu'en sais-tu?
A cette réponse, le brave homme me regarda de travers.
«Serait-ce un charlatan comme les autres?» pensait-il….
Pourtant il reprit:
«Ma foi, Fritz, si tu possèdes une telle lunette, elle viendra fort à propos, car la maladie du comte est précisément à l'intérieur: c'est une maladie terrible, quelque chose dans le genre de la rage. Tu sais que la rage se déclare au bout de neuf heures, de neuf jours ou de neuf semaines?
—On le dit, mais, ne l'ayant pas observé par moi-même, j'en doute.
—Tu n'ignores pas, au moins, qu'il y a des fièvres de marais qui reviennent tous les trois, six ou neuf ans. Notre machine a de singuliers engrenages. Quand cette maudite horloge est remontée d'une certaine façon, la fièvre, la colique ou le mal de dents vous reviennent à minute fixe.
—Eh! mon pauvre Gédéon, à qui le dis-tu?… ces maladies périodiques font mon désespoir…—Tant pis… la maladie du comte est périodique… elle revient tous les ans, le même jour, à la même heure; sa bouche se remplit d'écume, ses yeux deviennent blancs comme des billes d'ivoire; il tremble des pieds à la tête et ses dents grincent les unes contre les autres.
—Cet homme a sans doute éprouvé de grands chagrins?
—Non! Si sa fille voulait se marier, ce serait l'homme le plus heureux du monde. Il est puissant, riche, comblé d'honneurs. Il a tout ce que les autres désirent. Malheureusement, sa fille refuse tous les partis qui se présentent. Elle veut se consacrer à Dieu, et ça le chagrine de penser que l'antique race des Nideck va s'éteindre.