Un second cri de rage, plus formidable que le premier, nous fit bondir.

«Lieverlé! s'écria Sperver en s'élançant vers lui, que diable as-tu?
Est-ce que tu es fou?»

Il saisit une bûche et se mit à sonder le mur, plein et profond comme toute l'épaisseur de la roche. Aucun creux ne répondait, et pourtant le chien restait en arrêt.

«Décidément, Lieverlé, dit le piqueur, tu fais un mauvais rêve.
Allons, couche-toi, ne m'agace plus les nerfs.»

Au même instant, un bruit extérieur frappa nos oreilles. La porte s'ouvrit, et le gros, l'honnête Tobie Offenloch, son falot de ronde d'une main, sa canne de l'autre, le tricorne sur la nuque, la face riante, épanouie, apparut sur le seuil.

«Salut! l'honorable compagnie, dit-il, hé! que faites-vous donc là?

—C'est cet animal de Lieverlé, dit Sperver; il vient de faire un tapage!… Figurez-vous qu'il s'est hérissé contre ce mur…. Je vous demande pourquoi?

—Parbleu! il aura entendu le tic-tac de ma jambe de bois dans l'escalier de la tour,» fit le brave homme en riant.

Puis déposant son falot sur la table:

«Ça vous apprendra, maître Gédéon, à faire attacher vos chiens. Vous êtes d'une faiblesse pour vos chiens, d'une faiblesse! Ces maudits animaux finiront par nous mettre à la porte. Tout à l'heure encore, dans la grande galerie, je rencontre votre Blitz; il me saute à la jambe; voyez: ses dents y sont encore marquées! une jambe toute neuve! Canaille de bête!