—Les jours ne sont-ils pas assez longs pour toi?

—Non, je suis à la recherche d'une question grave; je ne dormirai qu'après l'avoir résolue.

—Diable!… Et cette question?

—C'est de connaître par quelle circonstance Ludwig du Nideck trouva mon ancêtre, Otto le Nain, dans les forêts de la Thuringe. Tu sauras, Sperver, que mon aïeul Otto n'avait pas une coudée de haut: cela fait environ un pied et demi. Il charmait le monde par sa sagesse, et figura très-honorablement au couronnement de l'empereur Rodolphe. Le comte Ludwig l'avait fait enfermer dans un paon garni de toutes ses plumes: c'était l'un des plats les plus estimés de ce temps-là, avec les petits cochons de lait, mi-partie dorés et argentés. Pendant le festin, Otto déroulait la queue du paon, et tous les seigneurs, courtisans et grandes dames, s'émerveillaient de cet ingénieux mécanisme. Enfin Otto sortit, l'épée au poing, et d'une voix retentissante il cria: «Vive l'empereur Rodolphe de Hapsbourg!» ce qui fut répété par toute la salle. Bernard Hertzog mentionne ces circonstances; mais il ne dit pas d'où venait ce nain … s'il était de haut lignage … ou de basse extraction … chose du reste peu probable … le vulgaire n'a pas tant d'esprit.»

J'étais stupéfait de l'orgueil d'un si petit être; cependant une curiosité extrême me portait à le ménager: lui seul pouvait me fournir quelques renseignements sur le premier et le deuxième portraits à la droite de Hugues.

«Monsieur Knapwurst, lui dis-je d'un ton respectueux, auriez-vous l'obligeance de m'éclairer sur un doute?»

Le petit bonhomme, flatté de mes paroles, répondit:

«Parlez, Monsieur; s'il s'agit de chroniques, je suis prêt à vous satisfaire. Quant au reste, je ne m'en soucie pas.

—Précisément, ce serait de savoir à quels personnages se rapportent le deuxième et le troisième portraits de votre galerie.

—Ah! ah! fit Knapwurst, dont les traits s'animèrent, vous parlez d'Edwige et de Huldine, les deux femmes de Hugues!»