Christian, au geste de mon oncle, ayant tourné la tête, dit simplement:

«C'est la vieille Irmengarde, l'ancienne diseuse de légendes… Elle attend pour mourir que la grande tour s'écroule dans la cascade…»

L'oncle Bernard, stupéfait, regarda le ségare: il n'avait pas l'air de plaisanter… au contraire, il paraissait fort grave.

«Voyons, fit le brave homme, tu veux rire, Christian?

—Rire! Dieu m'en garde! Telle que vous la voyez, cette vieille sait tout… l'âme des ruines est en elle!… Du temps des anciens maîtres de ces châteaux, elle vivait déjà!»

Pour le coup, l'oncle Bernard faillit tomber à la renverse.

«Mais tu n'y songes pas, s'écria-t-il, le château du Nideck est démoli depuis mille ans!…

—Eh bien … quand il y aurait deux mille ans, fit le ségare en se signant devant un nouvel éclair, qu'est-ce que ça prouve?… Puisque l'âme des ruines est en elle!… Il y a cent huit ans qu'Irmengarde vit avec cette âme … qui était avant chez la vieille Edith d'Haslach…. Avant Edith, elle était chez une autre….

—Et tu crois cela?

—Si je le crois! C'est aussi sûr, maître Bernard, que le soleil reviendra dans trois heures…. La mort, c'est la nuit…. La vie, c'est le jour…. Après la nuit, vient le jour … après le jour, la nuit … ainsi de suite. Et le soleil, c'est l'âme du ciel … la grande âme … et les âmes des saints sont comme des étoiles qui brillent dans la nuit et qui reviennent toujours.»