Au moment de quitter la fenêtre, il y eut une lueur, une éclaircie dans l'espace, un de ces mouvements rapides où l'ouragan saisit des masses de neige et les retourne comme une draperie flottante. L'oeil alla plus loin: on aperçut les trois pics derrière l'Altenberg. Les détails que Sperver venait de donner se dessinèrent, puis l'air se troubla de nouveau.

«C'est bien, dit le baron; j'ai vu le but, et, grâce à vos explications, j'espère l'atteindre.»

Sperver s'inclina sans répondre. Le jeune homme et son écuyer, nous ayant salués, sortirent lentement.

Gédéon referma la fenêtre, et s'adressant à maître Tobie et à moi:

«Il faut être possédé du diable, dit-il en souriant, pour sortir par un temps pareil. Je me ferais conscience de mettre un loup à la porte. Du reste, ça les regarde. La figure du jeune homme me revient tout à fait; celle du vieux aussi. Ah çà! buvons! Maître Tobie, à votre santé!»

Je m'étais approché de la fenêtre, et comme le baron de Zimmer et son écuyer montaient à cheval, au milieu de la cour d'honneur, malgré la neige répandue dans l'air, je vis à gauche, dans une tourelle à hautes fenêtres, un rideau s'entr'ouvrir, et Mademoiselle Odile, toute pâle, glisser un long regard vers le jeune homme.

«Hé! Fritz, que fais-tu donc là? s'écria Sperver.

—Rien, je regarde les chevaux de ces étrangers.

—Ah! oui, des valaques; je les ai vus ce matin à l'écurie: de belles bêtes!»

Les cavaliers partirent à fond de train.—Le rideau se referma.